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gésie, soit spontanée soit artificielle, la sensation persiste alors que l’a douleur disparaît. Hystériques, aliénés, thaumaturges des différentes religions échappent ainsi, quelquefois, à des souffrances qu’un homme normal ressentirait cruellement. Le froid intense, le chloroforme et bien d’autres substances déterminent une analgésie totale ou partielle. Dans l’hyperalgésie, au contraire, la souffrance s’amplifie outre mesure ; le moindre contact, le plus léger bruit peuvent devenir intolérables. La douleur diminue la fréquence des battements du cœur, parfois au point de provoquer une syncope ; elle rend la respiration irrégulière et réduit notablement la quantité d’acide carbonique exhalé ; elle trouble les fondions digestives et ralentit les secrétions ; dans des cas extrêmes, elle détermine une décoloration rapide des cheveux, phénomène qui résulte d’une insuffisance de nutrition. Tantôt elle provoque un arrêt des mouvements ; tantôt elle engendre une agitation convulsive qui laisse finalement l’individu très appauvri. Quant à la nature du processus intime qui produit la douleur, les uns le ramènent à une forme particulière du mouvement, d’autres l’attribuent à des modifications chimiques des tissus. D’après cette seconde hypothèse, la douleur chronique serait une véritable intoxication. Elle verserait, dans le sang, des produits d’une digestion défectueuse qui en altèrent la composition et favorisent l’éclosion, proche ou lointaine d’une maladie. La formation de toxines dans l’organisme, telle serait sa cause ultime. A l’inverse, le plaisir est favorable à la santé. Il active la circulation du sang, accélère la respiration, élève la température du corps, favorise la digestion et se traduit par une exubérance de mouvements ; en un mot, il est, selon la remarque de Ribot, essentiellement dynamogène. Mais à quelles modifications intimes de l’organisme répond le plaisir ? Quelles dispositions de l’axe cérébro-spinal, des nerfs, des terminaisons périphériques le font apparaître ? Nous l’ignorons ; la physiologie en sait moins sur ce sujet que sur les conditions de la douleur. Ajoutons que si l’absence de plaisir et l’absence de douleur vont généralement de pair, il existe néanmoins des cas où l’insensibilité au plaisir se manifeste seule. « Brown-Séquard a vu deux cas d’anesthésie spéciale de la volupté, écrit Richet, toutes les autres espèces de sensibilité, de la muqueuse urétrale et de la peau, persistant. Althaus en rapporte un autre cas. On en trouverait peut-être un plus grand nombre, sans la fausse honte qui empêche les malades d’en parler. Fonsagrives en cite un exemple très remarquable observé sur une femme. » Esquirol rapporte le cas d’un magistrat chez qui « toute affection paraissait être morte… S’il allait au théâtre (ce qu’il faisait par habitude), il ne pouvait y trouver aucun plaisir. » Les cas d’insensibilité au plaisir sont fréquents chez ceux dont l’existence est assombrie par une mélancolie profonde. Ces faits sont d’ordre pathologique, comme aussi ceux que nous avons cités à propos de l’analgésie. Parmi les phénomènes psychologiques normaux, en existe-t-il qui soient neutres, c’est-à-dire dépourvus de toute tonalité affective ! Bain, Wundt, Sergi répondent affirmativement. « Le plaisir et la douleur, écrit ce dernier, étant les deux pôles de la vie affective, il doit exister entre eux une zone neutre qui réponde à un tel état de parfaite adaptation. L’indifférence est précisément l’état de conscience neutre qui manifeste une adaptation parfaite de l’organe, alors qu’il n’y a ni augmentation, ni diminution d’activité vitale. » L’eau d’un bain tiède me procure une sensation agréable ; je passerai par un état neutre, avant de souffrir de la température trop élevée si l’on continue à chauffer l’eau de plus en plus. Ces raisonnements n’ont pu convaincre la majorité des psychologues qui nient que l’on parvienne à réaliser, en pratique, ces prétendus états indifférents. Sur les effets de l’habitude, en matière d’affectivité, il y


aurait beaucoup à dire : nous renvoyons à l’article Habitude, où le lecteur trouvera des détails du plus haut intérêt. Quant au rôle moral de l’a douleur et du plaisir, il est de primordiale importance, puisque l’homme passe son existence à fuir la première, à rechercher le second. Et cette règle s’impose à tous, même à ceux qui prétendent s’y soustraire. Mais pour atteindre au bonheur durable, après lequel nous soupirons, pour éviter les embûches secrètes que ni l’instinct ni le sentiment ne parviennent à découvrir, il est indispensable de faire appel à la raison, et à la science le plus précieux de ses instruments. — L. Barbedette.


PLANÈTE n. f. Parler des planètes, c’est parler, pour les terriens que nous sommes, de notre système solaire qui est profondément plongé dans la Voie Lactée dont le nombre de soleils analogues au nôtre est évalué à quelques milliards et qui, d’après les données dernières, formerait, avec près d’un million d’autres voies lactées d’égale dimension moyenne, notre univers, une unité sphérique de voies lactées associées, dont le diamètre serait d’environ 300 millions et la périphérie un milliard d’années de lumière.

Cette sphère incommensurable, composée de trillions de systèmes solaires ou d’étoiles, ce qui est la même chose, n’est qu’une grande unité dans l’Univers, c’est-à-dire dans l’infini de l’espace et de l’éternité du temps, deux conceptions aussi inséparables que le sont la Matière et l’Energie qui lui est inhérente.

L’homme, étant un être conscient de son moi, ne saurait comprendre le néant. Il constate qu’il y a, avec tout ce qui l’entoure, depuis le brin d’herbe jusqu’aux mondes qui roulent dans l’espace, un commencement, qu’il traverse une période de croissance, d’apogée — de 20 à 50 ans, — de déclin, de désagrégation pour aboutir à la fin personnelle. Mais cette mort n’est qu’individuelle et la conception du substratum incréé, cause et effet, origine et fin de toute chose s’impose à notre entendement, sous peine de nous renier nous-mêmes, de ne plus nous saisir, nous comprendre et expliquer notre existence.

Ce n’est pas Dieu qui a créé les mondes, c’est la peur et l’ignorance qui ont été les fées malfaisantes qui ont présidé à la naissance des dieux et du surnaturel, cause première, après la misère physiologique, de la plupart de nos contradictions, de nos souffrances, de nos douleurs.

C’est pour cette raison aussi que nous n’acceptons pas aveuglement toute innovation et que sans rejeter les conquêtes chimiques concernant les atomes – il y en aurait des trillions dans un millimètre cube — qui sont à l’homme comme volume ce que l’homme est au Soleil, nous préférons tout de même appuyer nos raisonnements sur l’astre du jour qui est en quelque sorte palpable que sur les mondes invisibles qui nous révèleraient le monde visible,

A l’origine, y avait-il l’atome migrateur, « wandaring », disent les Anglais, ou les mondes, les étoiles qui brillent au-dessus de nos têtes se sont-ils formés par des condensations d’éther, c’est-à-dire de cette matière dite impondérable qui remplit l’Univers et permet à notre vue armée du télescope et du spectroscope d’arracher au grand Tout, dont nous faisons partie, ses secrets les plus troublants et en même temps les plus réconfortants ?

Voici ce que nous répond, à ce sujet, l’astronomie, la science la plus ancienne et la plus moderne en même temps :

Les grands corps célestes, notre soleil, ainsi que ses compagnons, qu’il nous a été possible d’étudier par le télescope et l’analyse spectrale dans les insondables abîmes de l’espace, passent tous par cinq périodes caractéristiques d’évolution ascendante. La sixième période