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des charmes ou des remèdes, ou se faisaient fort de faire intervenir les démons en faveur des paysans crédules, moyennant espèces sonnantes ; cette forme de la sorcellerie a trouvé son épanouissement sous le règne de Louis XIV, au moment du drame des poisons ; cette cause célèbre démontra la crédulité inouïe des grands personnages de la Cour qui se compromirent en achetant des poudres de succession destinées à hâter la mort de ceux dont ils convoitaient l’héritage ; pour conquérir la faveur entière du roi, la favorite, Mme de Montespan, n’était-elle pas allée jusqu’à servir d’autel à un prêtre diseur de messes noires, qui consacra une hostie sur son ventre nu ? Dans les campagnes, les sorciers de cette catégorie guérissaient les maladies en mêlant à des pratiques magiques quelques recettes empiriques. Mais la grande majorité de ceux qui furent condamnés comme sorciers au cours du moyen âge et des temps modernes étaient des malheureux plus dignes de pitié : quelques hallucinés, intoxiqués par l’usage de stupéfiants tels que le datura et le stramoine, des hystériques, des veuves mal vues par leur voisinage et qu’une dénonciation accueillie à la légère envoyait à la mort, voire enfin des savants ou des personnages plus ou moins frondeurs que le pouvoir de ces temps avait intérêt à faire disparaître ; c’est ainsi que des accusations de sorcellerie pesèrent injustement sur Bacon, le Docteur Agrippa, Urbain Grandier, Jeanne d’Arc, Léonora Galigaï veuve du maréchal d’Ancre, Gaufridi, Melchior de la Vallée, et bien d’autres.

Les sorciers relevaient généralement de l’official, de l’inquisition, enfin, des juridictions laïques et des parlements. Les motifs qui permettaient d’inculper ce genre de criminels étaient particulièrement odieux et constituent une lourde charge contre l’Église catholique. Il suffisait d’avoir commis des extravagances, de ne pas croire à la sorcellerie, de négliger de dénoncer les magiciens, d’être accusé d’avoir jeté des sorts. Or le paysan médiéval, crédule à l’excès, n’hésitait pas à attribuer au diable les maladies, les orages, les fléaux de la nature encore si mal connus. Les juges avaient leur conviction faite d’avance ; ils obtenaient généralement l’aveu par l’emploi de la torture, par l’ensemble des témoignages acceptés avec une absence totale d’esprit critique, enfin par la recherche de la marque du démon, constituée par un point du corps insensible, et que le chirurgien découvrait à l’aide d’une longue aiguille qu’il enfonçait sur toutes les parties du corps. Là encore, la marque était facile à trouver chez les hystériques, si nombreux à l’époque, et qui présentent très souvent des zones d’anesthésie. La condamnation était suivie généralement du supplice du bûcher. Les biens étaient confisqués.

En France, un nombre incalculable de personnes soupçonnées d’avoir été au sabbat, d’avoir pris part à des festins diaboliques et d’être liées à Satan par un pacte, furent brûlées vives. En Lorraine, plus de neuf cents sorciers furent exécutés en quinze ans par un certain Nicolas Rémy, qui encourageait ses pareils par des épîtres en vers :

Tous les siècles loueront ces actes de justice !

Un érudit a trouvé la trace de plus de six cents procès dans le seul arrondissement de Saint-Dié. En Alsace, des autodafés monstrueux furent exécutés par la justice religieuse. On alluma des bûchers, dans le cours du XIV- siècle, du XV- siècle, du XVI- siècle, du XVIIe siècle, dans presque toutes les villes et tous les villages de l’Est et du Midi.

En Italie, 139 sorciers furent mis à mort le même jour, à Milan.

En Allemagne, deux moines délégués par le Saint-Père exécutèrent, en quelques années, 6.500 sorciers dans la principauté de Trèves !

Au Congo belge, les missionnaires catholiques firent périr de nombreux prêtres indigènes sous cette inculpation. Au Mexique, un alcade fit encore brûler vifs quatre sorciers en 1874 et, tout récemment encore, les Indous


d’un village des environs de Bombay firent mourir dans les flammes une vieille femme qu’ils accusaient de répandre le choléra par ses maléfices.

Bref, dans tous les pays du monde, la même épidémie fit les mêmes victimes.

Cette croyance particulièrement néfaste a encore survécu dans la tradition populaire. Il y a aujourd’hui, dans le Toulousain, dans le Morvan, en Bretagne et ailleurs, de vieilles gens qu’on accuse de jeter des sorts, et aussi des malins qui vendent des secrets magiques ou qui remettent les entorses avec tout un cérémonial bizarre. Il suffit pour s’en rendre compte de consulter les ouvrages de folklore. On trouve aussi, dans le commerce, des recueils assez anciens qui donnent le moyen de trouver des trésors cachés ou d’invoquer le diable. De temps à autre, une histoire de sorciers a son épilogue devant les tribunaux:on voit des malheureux martyrisés par la foule superstitieuse, comme à Méry et à Laval en 1836, etc. ; on voit aussi des tireuses de cartes surveillées par la police, qui exerce sur elles un contrôle analogue à celui des maisons spéciales ; bref, il reste encore bien des preuves de la bêtise humaine au XXe siècle.

La sorcellerie est pratiquée, à l’heure actuelle, par des millions de sauvages. Les sorcières de la Côte d’Ivoire se mettent en transes médiumniques par la contemplation d’une corne d’antilope-fétiche ornée d’une fourrure de singe ; les mandingues de l’A. O. F. sont organisés en confréries de « contre-sorciers » qui recherchent les gens atteints du mauvais œil et les mettent à mort. Chez les Massaï de l’Afrique orientale anglaise, les laïbou détournent les maladies, conjurent les éléments, et sont dirigés par un Grand Sorcier qui doit être obligatoirement l’homme le plus gras de la tribu. Au Sénégal, une sorcière fut brûlée vive en 1896. Les sorciers Zoulous, du Natal, vendent des remèdes magiques et des philtres amoureux, lisent l’avenir dans l’arrangement de vieux os magiques, et jettent de mauvais sorts à leurs ennemis ; les missionnaires catholiques y ont ajouté leurs croyances non moins fétichistes, de sorte qu’en 1906 on a pu voir une jeune Cafre des missions catholiques frappée de possession démoniaque et accablée d’exorcismes.

En Sibérie, le chamanisme, qui est la seule religion ou à peu près, repose sur l’art de modifier les éléments avec l’aide des esprits ; le sorcier est en grand honneur chez les Sibériens de Tobolsk, chez les Koriaks du Kamtchatka, chez les Bouriates ; le chaman du clan du groupe des Aurochs de l’Oussouri chasse les diables du corps des malades et donne par son art magique l’abondance du poisson (V. le curieux film de Maurice Rouhier, Les Hommes de la forêt). Les bonnes gens de la République socialiste soviétique du Tadjikistan ne font appel aux remèdes européens qu’après l’intervention de la sorcière qui, par ses incantations, chasse les mauvais esprits du corps du patient pour les envoyer vers les déserts et les lacs. Même influence despotique des sorciers de la République soviétique de Tanu-Tuva, qui sont les véritables maîtres du pays. Au Thibet, tous les ministres du culte tantrique sont guérisseurs et sorciers, fabricants en exclusivité d’amulettes thibétaines, petits coffrets renfermant des préceptes de la loi tantrique écrits sur le papier magique thujapatri; dans un récent conflit avec le Népal, les Tibétains ont demandé une trêve de six mois parce que leurs sorciers croyaient que la planète Mars ne leur était pas favorable… Les mêmes superstitions se retrouvent en Amérique.

L’étude de la sorcellerie est des plus profitables aux antireligieux parce qu’elle leur permet de mesurer toute la profondeur de la crédulité humaine, en même temps qu’elle dévoile le passé d’intolérance et de stupidité des grandes religions qui, l’Église en tête, ont persécuté