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THÉ
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délassement physique, de vie intellectuelle, de pensée et d’art dont « il a besoin autant que de pain », a dit Octave Mirbeau. Malgré l’état d’abjection où il est tombé, comme toutes les formes de la vie populaire diminué et écrasé, le théâtre n’en demeure pas moins, pour le jour où les hommes sauront faire un monde meilleur, le domaine enchanté du merveilleux qui s’oppose par toutes les forces de la vie aux réalités trop cruelles. — Edouard Rothen.


THÉISME n. m. (du grec theos, dieu). On appelle « théisme » la doctrine qui affirme l’existence personnelle d’un dieu et son action providentielle dans le monde.

Cette croyance à l’existence et â l’intervention continuelle dans le monde d’une divinité a été l’objet, dans tous les temps, de critiques serrées qui en ont démontré l’inanité. De plus, les multiples découvertes des sciences s’opposent non seulement à cette intervention providentielle mais conduisent à nier purement et simplement l’existence d’un démiurge quelconque.

Nous allons, en indiquant l’origine de cette croyance, démontrer qu’elle a la même origine que toutes les autres croyances religieuses et qu’elle ne possède rien de surnaturel comme certains veulent le croire.

Auparavant, il convient de constater que l’idée de dieu est loin d’être commune à tous les hommes. Bon nombre de peuples n’en ont jamais eu la moindre notion. Des écoles philosophiques importantes ont nié, d’une part la personnalité de dieu en identifiant celui-ci avec l’univers (panthéisme) ; d’autre part, les « déistes » ont nié son action dans le monde et ont fait de la divinité une espèce de « vertébré gazeux » vivant totalement en dehors de l’univers.

L’animisme a été la première forme du sentiment religieux. C’est la croyance qui suppose, dans tous les objets existants, une vie, des passions, des sentiments semblables ou analogues à ceux de l’homme. A cette période du développement du sentiment religieux, le monde apparaît aux hommes, peuplé de formes dissemblables animées d’âmes identiques. Les minéraux, les végétaux, les animaux, les humains étaient, à leurs yeux, des êtres plus ou moins semblables par le dedans, quoique différents par l’aspect extérieur. Cette similitude et cette différence s’étendaient à tout : aux bêtes, aux choses, comme aux astres, au soleil, à la lune, aux phénomènes de l’atmosphère. L’animisme disséminait toutes les formes de l’univers en une multitude infinie de fétiches indépendants les uns des autres. Il suppose que tout ce qui existe, chose, ou être, possède une âme comme l’homme lui-même et, par conséquent, des besoins, des désirs, des passions, des pouvoirs plus ou moins limités. Parmi ces puissances, le sauvage ou le primitif se choisit un ou plusieurs protecteurs dont il invoque le secours dans toutes les circonstances où il croit devoir le faire et, en revanche, il lui offre des liqueurs, de l’huile, des viandes, des fruits. De l’animisme procède alors le fétichisme, encore en honneur parmi la grande majorité des peuplades sauvages. Sous sa première forme, le fétichisme est individuel. Chaque homme a son ou ses fétiches qui lui appartiennent et ne protègent que lui. Mais le fétichisme ne reste pas immobile. Il participe nécessairement au développement des intelligences dont il constitue la religion. Le fétichisme primitif confond absolument l’objet et l’âme qu’il lui suppose. Bientôt lui succède un fétichisme plus raffiné qui distingue l’âme des choses qu’elles animent. Toutes ces âmes sont des dieux et tous les objets sont habités par des dieux. Cette distinction a pour corollaire la foi à l’existence individuelle de chacun de ces esprits, même en dehors de l’objet ou de l’être qu’ils habitent. A cette catégorie appartiennent les âmes des ancêtres, les fétiches supérieurs imposés par les sorciers, les totems, les grands fétiches de l’atmosphère


et du ciel, que personne ne peut s’approprier pour son usage personnel. Si l’animisme peuplait le monde d’une multitude de fétiches indépendants les uns des autres, rebelles à toute discipline, à toute classification, le fétichisme, en parvenant, par transformation successive à la conception de puissances distinctes des choses et supérieures aux phénomènes naturels, permit de classer les objets et les faits par catégories en subordonnant chacune d’elles à des intelligences directrices.

Arrivé à ce point, naît le théisme. Les dieux sont nés de la conception de puissances essentiellement distinctes des phénomènes qui seront désormais considérés comme le résultat de leur volonté. Nous trouverons la transition historique par laquelle le fétichisme a pu se transformer en théisme, dans le fait de la substitution des grands fétiches génériques, collectifs ou nationaux tels que la terre, le soleil, les astres, le vent, le feu, les ancêtres, etc., aux humbles fétiches individuels. Une fois établi chez des races capables de généralisation, leur puissance a rapidement absorbé celle de leurs adorateurs et la multiplicité de leur action a vite amené leurs adorateurs à remarquer la diversité des effets de leur puissance. C’est ainsi que se sont formés et partagés, en catégories bien distinctes, les groupes de phénomènes appartenant à chacune de ces puissances.

Cette multiplicité même interdisait de confondre la cause avec l’effet et l’on s’habitua progressivement à les distinguer l’une de l’autre comme l’homme se distingue de ses actes.

Cette multiplicité et cette diversité des phénomènes, en imposant l’obligation de les distribuer en catégories précises, eurent pour conséquence logique de forcer les esprits à concevoir des causes également séparées : c’est pourquoi la première forme du théisme primitif fut presque nécessairement le polythéisme. Ce polythéisme a eu pour résultat de classer les phénomènes, naturels par catégorie et d’instituer, dans la fonction des dieux, des divisions correspondantes à ces catégories. Plus tard, par la comparaison de ces phénomènes et de ces fonctions, on établira, entre les dieux, des degrés d’importance qui auront pour résultat d’établir entre les divinités qui y président une hiérarchie correspondante. Les panthéons auront des dieux suzerains et des dieux vassaux ; des dieux supérieurs et des dieux inférieurs (voir Mythologie). Ce régime féodal aboutira, au ciel comme sur terre, à la monarchie. A mesure que l’esprit humain parviendra à une généralisation plus compréhensive, toutes les diversités s’absorberont dans le monothéisme ou le panthéisme, jusqu’au jour où la science, de progrès en progrès, viendra détruire les idoles inutiles et muettes. Tels sont les trois étapes qui marquent l’histoire du développement des idées religieuses de l’humanité : animisme, fétichisme, théisme. D’abord l’animisme grossier peuplant le monde d’une foultitude d’âmes liées aux choses qu’elles animent. Ensuite, les âmes, d’abord intimement liées aux choses elles-mêmes s’en détachent pour vivre une vie indépendante. Puis une nouvelle transformation se produit : les objets, les phénomènes et les êtres se classent par espèces, par catégories et les esprits suivent le même mouvement. Ensuite, les divinités grandies par généralisation se partagent les fonctions de l’univers et une hiérarchie s’établit entre elles. La généralisation qui donne naissance à ces divinités supérieures les distingue des phénomènes auxquelles elles président et cette supériorité suffit pour qu’on leur attribue, en même temps que les passions et l’intelligence humaines, la forme que l’homme considère comme nécessairement liée à ces passions et à cette intelligence (anthropomorphisme). Il est inutile de faire remarquer que la progression que nous indiquons ici est loin de s’être produite dans les faits avec toute la rigueur que lui attribue la nécessité logique d’une exposition de cette nature. Les éléments mystiques n’ont pas tenu partout