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jusqu’aux approches de sa mort, survenue à Adyar, en 1907.

Olcott fut remplacé à la tête de la société théosophique par Annie Besant. Cette dernière vit le jour à Londres, en 1847. A vingt ans, elle épousa le révérend Besant, dont elle se sépara en 1871, après une vie conjugale orageuse. Elle fait alors du journalisme et de la politique ; ses idées la portent à défendre les classes populaires. C’est en 1889 qu’elle se lie d’amitié avec Hélène Blavatsky. Propagandiste éloquente et enthousiaste, elle parcourt l’Angleterre, l’Europe et l’Amérique, elle se rend dans l’Inde pour y répandre la pensée théosophique. C’est en 1913 que commence son action politique dans l’Inde. Malgré son internement par les autorités anglaises en 1917, internement qui lui valut un accroissement de popularité, elle joua un rôle qui me semble équivoque. Consciemment ou non, elle fut un instrument de division aux mains du gouvernement britannique. Aussi son influence fut-elle considérable à Londres ; et les journaux du continent, qui passent périodiquement aux guichets des ambassades anglaises, la couvrirent d’éloges. Elle vient de mourir récemment. Ses dernières années furent assombries par les déboires que lui a donnés Krisnamurti, en qui elle avait découvert une nouvelle incarnation du Christ. Fatale imprudence qui a produit des résultats que ni les autorités britanniques, ni elle-même n’attendaient.

Parmi les théosophes connus, mentionnons encore C.-W. Leadbeater qui devait atteindre une très haute vieillesse. Né le 17 février 1847, en Angleterre, il se fit clergyman. Converti à la théosophie, il partit pour Adyar et c’est là qu’il écrivit la plupart de ses nombreux ouvrages. Il s’est installé depuis en Australie, et, comme il a fondé une Église nouvelle, on l’a nanti du titre de Monseigneur. Sa conduite privée donna lieu à des rumeurs qui eurent un épilogue fâcheux devant les tribunaux ; mais c’est un des plus grands voyants de notre époque, assure-t-on, et les autorités anglaises ont oublié le passé de l’évêque Leadbeater. Nous parlerons plus loin de J. Krishnamurti, dont l’indépendance de caractère porta un si rude coup à la Société Théosophique.

Au point de vue doctrinal, la théosophie manque complètement d’originalité. Elle admet un dieu, mais donne à ce mot un sens plus imprécis que les chrétiens. Bon dieu, principe dispensateur de la vie, ne juge ni ne châtie. En tant que guide et directeur de notre univers, il devient le Logos doué de sagesse, d’amour et d’omniscience qui commande le plan divin d’où dépendent les habitants de notre terre. Il n’y a ni ciel, ni enfer. Pourtant l’âme ne meurt pas, elle se réincarne autant de fois que l’exigent ses fautes et ses imperfections, avant d’aboutir à la souveraine béatitude, à la réabsorption au sein de la divinité. Ces réincarnations successives sont commandées par la loi du Karma. Tout acte porte en soi ses résultats mauvais ou bons ; chaque faute dans la vie présente, appelle une inévitable sanction dans l’existence qui suivra. De même qu’on distingue trois parties dans l’homme : le corps, le périsprit, l’âme, de même l’on distingue trois plans dans l’univers : le plan physique, le plan astral, le plan mental. Sortie du Logos, au cours de l’involution, l’âme s’entoure du perisprit et descend dans la matière ; par une marche évolutive contraire, elle doit remonter vers le principe qui lui donna naissance. Si la théosophie admet la réalité des faits spirites, elle insiste sur les dangers qui menacent les médiums, sur l’inutilité ou la malfaisance habituelle de l’évocation des morts. D’ailleurs, sur de nombreux points, ses écrivains sont loin d’être d’accord ; comme les autres, cette religion nouvelle a vu éclore des écoles rivales qui se disputent sans aménité. Un syncrétisme assez naïf de doctrines empruntées au bouddhisme, au chris-


tianisme et au brahmanisme, voilà ce qu’est la théosophie.

Son succès était grand dans nos contrées occidentales, et beaucoup voyaient déjà en elle la religion de l’avenir. Une fausse manœuvre d’Annie Besant a tout compromis. Depuis longtemps elle prétendait qu’un Grand Initiateur renaissait d’âge en âge pour instruire les hommes et les éclairer. 0r, voici quelques années, la présidente de la Société Théosophique se flatta d’avoir découvert le messie des temps modernes ; et la presse d’Europe et d’Amérique, complaisante pour les radotages de la vieille anglaise, annonça au monde étonné que le Christ était revenu parmi nous. Ce nouvel instructeur, déjà connu dans le monde théosophique, était J. Krisnamurti, né à Manadapalle de parents brahmanes, le 11 mai 1895. Confié à Annie Besant en 1909, il fut élevé à Adyar et reçut les leçons de sa mère adoptive, ainsi que de C.-W. Leadbeater. Il compléta son éducation en Angleterre, et, pendant un séjour de quelques mois en France, il suivit même des cours en Sorbonne. Dès l’âge de quatorze ans, il avait écrit un ouvrage, Aux Pieds du Maître, qui faisait présager un talent exceptionnel. De plus, son élégance et sa grâce charmaient tous les cœurs féminins. Lorsqu’on fit de lui une nouvelle incarnation du Christ, le jeune hindou ne protesta point, et les autorités britanniques se réjouirent d’avoir à leur disposition un messie qui pourrait seconder leurs desseins. Mais J. Krisnamurti s’émancipa rapidement de la tutelle d’Annie Besant et de C.-W. Leadbeater. Il prêcha bientôt une doctrine qui ne répondait point à ce que 1’on attendait de lui. Refusant d’avoir des sectateurs, de décréter de nouveaux dogmes et d’établir un nouveau culte, il énonça, dans un langage très poétique, des maximes qui s’inspiraient manifestement de la conception anarchiste : « Vous ne pouvez, écrivait-il, trouver le bonheur et la libération si vous vous contentez de suivre une autorité, si vous ne faites qu’écouter et obéir. L’autorité des livres ou des individus ne peut épanouir l’esprit et le cœur ; au contraire, elle ne peut que les étouffer. Aussi, la grande presse ne fait-elle plus l’éloge du prophète dont les débuts lui semblaient si prometteurs. Plusieurs estimèrent, par contre, qu’il rendrait peut-être des services à la cause libertaire. Pour cela, il faudrait qu’il répudie les préjugés religieux qui continuent d’imprégner sa pensée, qu’il se déclare anarchiste dans l’ordre social comme dans le domaine de l’intelligence, qu’il cesse de préférer les riches et belles pécores du grand monde aux laborieux qui gagnent péniblement leur pain. Le mieux d’ailleurs pour lui, serait de se taire, s’il reconnaît avec franchise qu’il n’est pas le Christ, ainsi qu’il le laissa croire un moment. Sans le vouloir, Annie Besant aura contribué à jeter un discrédit durable sur la Société Théosophique ; cette pensée empoisonna sans aucun doute les derniers jours de son existence. Le ridicule est néfaste aux religions ; et c’est à des scènes de haute comédie, elle s’en rendait compte, que la sienne avait abouti. — L. Barbedette.


THÈSE n. f. (du radical grec tilhèmi : je pose). Au sens originel, une thèse c’est une proposition qui doit faire l’objet d’une discussion ; au sens large, c’est toute conception accompagnée de preuves, toute doctrine dont l’argumentation, si développée soit-elle, aboutit à une idée centrale. Le mot thèse sert enfin à désigner des feuilles imprimées ou des livres concernant des discussions d’école.

Souvent l’on parle d’un roman ou d’une pièce à thèse pour indiquer que l’auteur a soutenu dans son œuvre une conception ou un système bien déterminé. Bazin, Barrès, Bordeaux, Bourget par exemple se sont faits les champions du militarisme, du cléricalisme et des autres sornettes réactionnaires dans