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tata chez les enfants des accroissements de poids, de taille, de tour de poitrine, des habitudes de propreté et d’ordre, une faculté d’acquisition intellectuelle accrue, en même temps que le bénéfice de connaissances nouvelles obtenues au contact de la nature.

Devant ces succès et l’engouement légitime des populations, les colonies de vacances se sont développées, et dans ce domaine comme ailleurs, des spécialistes en charité publique et en distribution de dons se sont dépensés (moins par philanthropie que par intérêt bien compris : élection ou réélection, décoration, avancement ou besoin d’assurer une emprise profonde sur les familles). Tout au début, en 1884, par souscription publique, dans le IXe arr. de Paris, on recueillit 9.000 francs ; en 1885 près de 14.000 francs. Deux adjoints, MM. Champrenault et Duval acquirent un château et son parc à Mandres-sur-Vair (Vosges) et cela permit l’envoi de 100 colons par mois de mai à octobre 1889. On ne compte plus, depuis lors, les initiatives individuelles, les réalisations municipales, départementales ou d’organisations diverses. Des fêtes sont données ici au profit des « pupilles de l’École » ou des « pupilles de la Nation » ; et là on ouvre des souscriptions, on procède à des loteries, à des quêtes, on vote des subventions. On acquiert de magnifiques domaines et c’est alors qu’on organise la plus flatteuse des publicités au bénéfice moral de l’organisation ou de l’organisateur. Seulement… on ne peut satisfaire qu’à un dixième des besoins ! C’est ainsi que, par exemple, la municipalité d’une grande ville de France a reçu, en 1932, 5.000 demandes pour ses colonies de vacances et elle n’a pu offrir que 480 places. Comme toujours, on a l’air de faire beaucoup ; en réalité on exploite un besoin, pour le plus grand profit d’un clan (politique ou religieux) ; et le peuple, au lieu d’exiger la justice, c’est-à-dire des vacances pour tous les enfants, se satisfait d’une misérable charité trop souvent offerte aux bien-pensants, aux quémandeurs, aux petits camarades… La tare du système est là. Et voilà pourquoi, essayant de faire vibrer la corde sentimentale, lorsque les dirigeants de ces œuvres disent aux révolutionnaires : « C’est pourtant une bonne œuvre ; il vaut mieux faire peu que de ne rien faire », ceux-ci répondent : « Votre œuvre est un masque qui cache la justice ; toute l’Église tient votre raisonnement dissimulant ainsi sa malfaisance sous une façade de philanthropie. Nous n’apportons pas notre concours aux œuvres sociales de l’Église ; nous n’allons pas l’apporter aux œuvres du capitalisme, car ces œuvres servent à le consolider alors qu’il doit être détruit ». Mais nous avons vu des organisations prolétariennes créer des camps de vacances où se sont rencontrés des enfants de divers pays. Ces initiatives ne peuvent qu’être encouragées, lorsqu’elles sont susceptibles de créer une mentalité internationale.

Si les vacances ne sont pas toujours profitables, comme elles devraient l’être, aux enfants de nos écoles, elles le sont aux maîtres, et cela d’une façon fort appréciable. On ne se représente pas toujours très exactement le degré d’épuisement physique et cérébral d’un éducateur auquel on a confié de 40 à 50 enfants pendant 10 mois consécutifs. Sans doute ces vacances sont-elles enviables et enviées, mais indispensables. Si les organismes jeunes sont rapidement redressés, il n’en est pas de même de ceux qui se sont usés sous le harnais. Certes, tout travail devient vite épuisant, et un travailleur manuel a tout autant besoin de repos qu’un travailleur intellectuel ; nous n’allons pas tomber dans le travers courant d’opposer l’un à l’autre. Selon ce que nous avons dit plus haut, des vacances sont nécessaires à tous. Que les avantages obtenus par une catégorie sociale soient reportés sur les autres, c’est tout ce qu’il faut demander et exiger. Le bien fondé de cette revendication n’est plus d’ailleurs mis en doute, et quantité d’organismes capitalistes ont admis la pratique des


vacances payées, ceci dans leur propre intérêt : le rendement du matériel humain s’en trouvant accru ou meilleur. En attendant la transformation radicale – et prochaine – de la société dans le sens libertaire, tous les travailleurs doivent exiger des vacances payées car les vacances sont, pour l’individu, bienfaisantes, régénératrices, vitales. — Ch. Boussinot.


VALEUR (La) et les conséquences de son abolition. — Valeur intrinsèque et valeur mesurable. — Dire que les objets appropriables ont, par eux-mêmes, une valeur intrinsèque, c’est émettre une proposition évidente, un truisme que ne peut annuler ou battre en brèche aucun ergotage, aucun sophisme. On peut, certes, on pourra, par un dispositif légal, décréter que les utilités nécessaires à la vie de l’homme ne possèdent par elles-mêmes aucune valeur mesurable, c’est-à-dire aucune valeur qui les rende susceptibles d’être échangées de gré à gré contre d’autres utilités de valeur mesurable ; cela ne saurait empêcher qu’un morceau de pain, un verre d’eau, une couverture, un dictionnaire auront, dans tous les temps et dans tous les lieux, une valeur intrinsèque très considérable pour tout être humain qui a besoin de manger, de boire, de se réchauffer, d’être renseigné sur la signification exacte d’un vocable. Les choses appropriables ou, comme disent MM. les économistes, les utilités, possèdent donc une double valeur : une valeur absolue, la valeur qu’elles ont par elles-mêmes, correspondante au besoin humain qu’elles sont destinées à satisfaire, autrement dit une valeur intrinsèque : et une valeur relative ou mesurable par une autre valeur appelée valeur d’échange, grâce à laquelle l’utilité peut être troquée contre une autre utilité, être négociée, devenir un objet de commerce.

C’est de la valeur mesurable dont nous voulons nous occuper ici.

La valeur mesurable et le point de vue individualiste. — Étant donné la conception individualiste (anti-autoritaire ou anarchiste) de l’activité humaine au point de vue économique, et les revendications auxquelles elle donne lieu : possession individuelle et inaliénable pour chacun du moyen de production ; disposition libre et entière du résultat de l’effort strictement personnel ou « produit » ; absence d’interventionnisme sous tous ses aspects ; abolition de la domination de l’homme sur l’homme ou le milieu ou réciproquement, de l’exploitation de l’homme par l’homme ou le milieu et vice-versa ; — étant donné cet exposé succinct des aspirations de cet individualisme : y a-t-il utilité ou profit pour l’individualiste — producteur ou consommateur — à ce que les objets appropriables ou utilités économiques soient doués de valeur mesurable, possèdent une valeur d’échange ?

Définition actuelle de la valeur mesurable. — En premier lieu, avant toute discussion, il est nécessaire de définir ce qu’il faut entendre par « valeur » dans les circonstances économiques actuelles.

La valeur est le rapport entre deux besoins et deux puissances : besoin d’échange et puissance d’offre de la part du producteur on détenteur de l’utilité économique — besoin d’appropriation et puissance d’achat de la part du consommateur ou intermédiaire.

Tout ce que l’on veut comprendre dans ce rapport : prix de revient, amortissement, quantité de travail matérialisé, équivalence de services humains et tutti quanti, tout cela n’est que subsidiaire. Étant donné les conditions de la vie économique actuelle, la valeur est le rapport entre l’offre et la demande de toute utilité ou objet de consommation.

Deux ou trois exemples « en feront foi » :

Il pleut : un camarade a besoin d’un parapluie. Il a en poche de quoi l’acheter. Il se rend chez un marchand de parapluies. Et il se produit ceci : c’est que s’il a