Page:Faure - Histoire de l’art. L’Art médiéval, 1921.djvu/25

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besoins, cette foi ne change que d’aspect, elle ne change pas d’esprit, et tant qu’elle vit en nous-mêmes, quelles que soient l’époque où se déroule notre action et la religion qui lui serve de prétexte, les formes d’art les plus diverses ne feront que l’exprimer. Cette foi n’est que la confiance qui succède à de longs sommeils et s’émousse à de trop longs contacts avec le mystère que notre ardeur à vivre nous pousse à pénétrer. Quand une religion parvient à son degré de développement le plus harmonieux et le plus expressif, ce n’est pas elle qui éveille en nous cette foi, elle en naît au contraire, elle est la projection dans le champ de nos illusions des réalités intérieures qui nous guident et nous exaltent. L’homme, près de se réaliser, accepte tout d’un coup, en bloc, une grande synthèse simple de tout ce qu’il ignore pour n’être pas gêné par le doute et l’inquiétude dans la recherche de ce qu’il veut savoir. Quand il a trop appris, quand sa foi en lui-même baisse, ses croyances extérieures peuvent durer et s’exaspérer même, mais toutes les expressions de sa pensée vacillent en même temps. Les peuples en action forcent toute religion à se plier aux manifestations de leurs vertus originales. Une religion ne modèle un peuple sur ses dogmes que quand il ne croit plus en lui. Quel que soit notre paradis, nous le réalisons sur terre quand nous avons confiance en nous. Nous attendons pour le diviniser, à travers les siècles et le monde, l’heure de pleine ascension de la vie dans notre cœur, et le mot foi est le nom religieux que nous donnons à l’énergie.

Jamais d’ailleurs l’irruption de cette énergie dans le monde ne s’était produite avec cette violence de mysticisme enivré. C’est ce qui donne aux esprits réellement religieux, dès le seuil de la cathédrale, de la mosquée ou de la pagode, ce profond et complet oubli du rite qui s’y célèbre, cette indifférence absolue aux dogmes sur lesquels se sont bâtis ces temples, cette exaltation supérieure aux formes arrêtées et mortes de l’adoration de l’homme et du champ illimité de son action par l’homme. Le mot mystique est encore à définir. Si le mysticisme est cette forme