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LE SKI

ment de fines plumes de glace, et s’il neige plus encore, tout l’air s’échappe lentement de cette sorte de coussin par suite de la pression qui augmente peu à peu. Il en résulte un matelas compact et épais qui pèse quinze quintaux au mètre cube. Enfin, si le soleil ne s’est pas caché avec le début de l’hiver, se forme la glace dure et bleuâtre des glaciers.

Tous ces états sont connus, et avec de nombreuses variantes, de ceux que guident non seulement leurs jambes mais aussi leurs yeux. Par exemple, la neige pulvérulente, qui pendant la nuit remet tout à neuf ; la neige collante, qui n’est ni assez sèche ni assez humide et qui est l’ennemie de tous les commençants ; la neige granuleuse, qui pendant la journée adhère aussi fortement aux skis que la précédente ; la neige en couches, dure comme la pierre, mais encore plane et qui peut porter le skieur, ou celle qui lui ressemble, la neige recouverte d’une simple croûte. Cette dernière, il est vrai, porte aussi, mais d’ordinaire casse juste quand on veut faire un de ces Christiania qui réussissent si bien sur la neige dure.

On voit encore les croupes neigeuses travaillées par la tempête, qui se présentent en belles lignes incurvées et superposées les unes aux autres, comme des coquilles calcaires ; la neige dont la surface présente des écailles rondes comme de l’argent ou de l’or véritables, les vallonnements hérissés de monticules gelés sur lesquels les skis craquent, et cette neige que l’on trouve sur les sommets battus par la tempête, et qui est la moins propice aux chutes, parce qu’on s’écorche les mains à travers les gants à leur dentelure et à leurs couteaux de glace tranchants et verticaux ; la neige lourde et farineuse, dans laquelle ce n’est qu’un si médiocre agrément de « faire la trace » qu’on préfère toujours céder le pas à ses compagnons ; la neige légère et ténue qu’on trouve parfois au printemps et dans laquelle on enfonce jusqu’au genou, sans que la marche soit réellement gênée, ou enfin, lorsque le soleil du printemps luit très chaud sur de la vieille neige profonde et tassée, cette masse humide sur laquelle les skis courent comme affolés et sur laquelle il est inutile de tomber deux fois parce qu’à la première, déjà, le bain a été complet.

Mais il faut souhaiter à celui qui veut connaître les joyeuses

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