Page:Fertiault - Quelques épis d’une gerbe, 1851.djvu/4

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


NOÉMI.


Oh ! qu’as-tu fait, jeune femme,
De cette âme
Où le ciel avait jeté
Sa beauté ?
Et de la si douce image
Du village
Où j’étais ton seul ami,
Noémi ?

Tu n’as donc plus souvenance
De l’enfance
Qui nous a faits tant heureux
Tous les deux ?
De nos courses aux prairies
Si fleuries,
Où tu m’as dit tant de foi :
« Souviens-toi ? »

Elle est donc de la pensée
Effacée
L’époque de nos beaux jours,
Doux amours ?
Et la messe en robe blanche,
Le dimanche ?
Et la peur aux sentiers noirs,
Certains soirs ?…

Oui ; tu voles dans la sphère
Qui préfère
Le bruit, l’éclat au bonheur,
L’or au cœur.
Pour le monde tu veux vivre…
Qu’il t’enivre,
Sans t’aiguiser quelque dard
Pour plus tard !

Que les plus joyeuses fêtes
Te soient faites,
Empêchant tout souvenir
De venir !
Que la foule avec délice
T’applaudisse !
Que tous, par les yeux aimés,
Soient charmés !

Que le tourbillon t’entraîne !
Va ! sois reine !
Que ton front soit promené
Couronné !…
El qu’à toi, jadis si bonne,
Dieu pardonne !…
Je ne veux que du bonheur
Pour ton cœur !


ICI-BAS ET LA-HAUT.


Je suis l’être aimé qui voltige
Du sol à l’espace infini ;
Je vois l’insecte sous sa tige,
Je vois l’aigle sur son haut nid.
C’est moi qui vais sondant tout charme et tout mystère :
Je fais passer devant mes yeux
Les fleurs, étoiles de la terre,
Et les étoiles, fleurs des cieux.

Dans l’azur lointain je m’élance
À travers un monde animé.
Quelques instants je m’y balance ;
J’en redescends pur et charmé.
C’est moi qui vais sondant tout charme et tout mystère :
Je fais passer devant mes yeux
Les vierges, anges de la terre,
Et les anges, vierges des cieux.

Parfois aussi je fais ma route
Vers de moins vives régions,
Où la douleur vient goutte à goutte
Éteindre l’éclat des rayons.
C’est moi qui vais sondant tout charme et tout mystère :
Je fais passer devant mes yeux
Les pleurs, nuages de la terre,
Et les nuages, pleurs des cieux.

Mais aussitôt je me relève,
D’un bond aiguillonnant mon vol,
Et, changeant de lieu, je fais trêve
Aux tristesses de notre sol.
C’est moi qui vais sondant tout charme et tout mystère :
Je fais passer devant mes yeux
Le sourire, aube de la terre,
Et l’aube, sourire des cieux.

Je monte encore et tourbillonne
Où la pensée à peine alla.
Un foyer devant moi rayonne…
Ah ! oui, l’âme du monde est là !
C’est moi qui vais sondant tout charme et tout mystère :
Je fais passer devant mes yeux
L’amour, doux soleil de la terre,
Et le soleil, amour des cieux.

Je parcours la nature entière ;
Je vois le jour, je vois la nuit.
Brises, parfums, beaux-arts, prière,
Rosée, encens, rien ne me fuit.
C’est moi qui vais sondant tout charme et tout mystère :
Je fais passer devant mes yeux
Tous les trésors de notre terre
Accouplés aux trésors des cieux.


PÂQUERETTES.


Simple en mon allure,
Je cours sans apprêts ;
J’ai sur ma figure
Dus trésors plus frais :
Je suis jeune et belle ;
J’ai de doux penchants ; …
C’est moi qu’on appelle
Pâquerette aux champs.

Le soleil, qui dore
La fleur et l’épi,
Sur moi fait éclore
Le teint de l’api.
Velours et dentelle
Me sont peu touchants ;…
C’est moi qu’on appelle
Pâquerette aux champs.

Ne piquant personne,
Le cœur sur la main,
Gentillette et bonne,
Je vas mon chemin.
J’éteins la querelle
Entre les méchants ; …
C’est moi qu’on appelle
Pâquerette aux champs.