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LES QUATRE CHANSONS DE L’ANNÉE.


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SENTEUR DES PRÉS.


Mai fait monter du sol la senteur printannière.

— « Ô folâtre lutin, tu vas la respirer.
« Pour les prés, le cœur gai, tu pars de ta chaumière ;
« Ton pied léger t’emporle où brille la lumière ;…
« Les beaux gars du hameau doivent tous t’adorer ? »

Mai fait monter du sol la senteur printannière.

— « Où s’épand son parfum je vais la respirer ;
« Où s’entr’ouvre la fleur j’arrive la première ;
« Je baigne mes pieds nus à l’eau de la rivière ;…
« Les beaux gars du hameau n’ont point à m’adorer. »

Mai fait monter du sol la senteur printannière.

— « Oh ! plus d’un avec toi voudrait la respirer ;
« Plus d’un voudrait sur lui voir s’ouvrir ta paupière ;
« Plus d’un a dû te suivre en t’offrant sa prière ;…
« Les beaux gars du hameau savent bien adorer ! »

Mai fait monter du sol la senteur printannière.

— « À deux peut-être un jour j’irai la respirer ;
« Mais je veux pour cela cœur d’or contre âme entière ?..,
— « Si le mien n’est tout or qu’il devienne tout pierre !…
— « Viens, beau gars du hameau, je me laisse adorer. »

Mai fait monter du sol la senteur printannière.





PLAINES BRÛLANTES.


Tout s’enflamme aux ardeurs que l’air en feu promène.

— « Pour ton front ruisselant ne veux-tu pas d’abri ?
« Le bois n’a-t-il plus d’ombre et le val plus d’haleine ?
« Tes traits vont, mon ami, se brûler dans la plaine ;…
« La brise des bons jours ne t’a donc pas souri ? »

Tout s’enflamme aux ardeurs que l’air en feu promène.

— « Pour mon front, pour mes traits je ne veux pas d’abri.
« Que fait l’ombre au visage ?… Ô toi, jadis ma reine,
« C’est mon cœur qu’il faudrait abriter… de ta haine ;
« Car ce n’est pas d’amour que ta lèvre a souri ! »

Tout s’enflamme aux ardeurs que l’air en feu promène.

— « Ah ! c’est ton cœur qui veut dans mon cœur un abri ?..
« Je trouve, mon seigneur, la demande un peu vaine.
— « Tu ris, et fais bouillir mon sang dans chaque veine !…
— « Tu sauras cette fois de quoi j’aurai souri. »

Tout s’enflamme aux ardeurs que l’air en feu promène.

— « Oh ! peux-tu plus longtemps me refuser l’abri
« Qui doit me reposer de mon immense peine !… »
Mais l’aile s’est rouverte, et la fausse inhumaine
Rend amour pour amour après avoir souri.

Tout s’enflamme aux ardeurs que l’air en feu promène.