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ÉPREUVES MATERNELLES

— À quoi bon ? cette fois la porte doit être bien fermée.

Mais pour l’acquit de sa conscience, elle alla voir. Elle était entr’ouverte. Elle s’étonna, sans comprendre que Domanet l’avait laissée ainsi à dessein, afin de l’éprouver.

Mais son esprit ne pouvait plus réfléchir. Elle partit dans la nuit de février comme une bête blessée qui cherche un coin pour abriter sa douleur. Elle pensait à son frère. Il lui avait recommandé de regarder en haut. Plus elle descendrait dans l’abîme de douleur, plus elle monterait en grâce. Le monde, maintenant, ne l’importait plus. Elle vivrait seule, en essayant de gagner sa vie. Des millions de femmes n’étaient pas mieux partagées qu’elle. Il valait mieux se libérer de cet esclavage et se créer une existence ennoblie par le travail.

Elle se réfugia dans une chambre d’hôtel où elle ne put dormir. Tout son passé défilait devant ses yeux.

Encore une fois, une étape était franchie, et encore une fois, elle tombait dans un état plus misérable que le précédent.

Était-elle enfin au bout de la pente ? Comme elle avait besoin de repos.

Dans cette chambre modeste, elle pria, pleine de calme et d’énergie. Son âme s’élevait et le seul être qu’elle voyait maintenant devant ses yeux était son frère, l’apôtre, qui méprisait toutes les contingences pour soi-même.

Dieu l’éprouvait, c’était certain. Elle comprit que Paul Domanet n’était qu’un instrument et à cette heure, où elle était aussi pauvre que le plus dénué des mendiants, aussi délaissée que la plus isolée des créatures, elle lui pardonna.