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ÉPREUVES MATERNELLES

VII


Dès le lendemain, elle entreprit ses recherches. Elle ambitionnait une situation de caissière dans quelque magasin. Mais toute la journée, elle frappa sans succès, à de nombreuses portes.

Elle se coucha, harassée, pensant à ses enfants, se disant qu’aussitôt qu’elle gagnerait un peu, elle irait les revoir. Elle n’osait pas y courir, craignant un piège.

Elle dormit mieux, mais le lendemain, elle se réveilla tellement courbaturée qu’elle resta couchée plus tard. L’après-midi, elle recommença ses courses et ne fut pas plus heureuse que la veille. Elle s’étonnait du peu de résultat de ses démarches, croyant qu’il suffisait de montrer de la bonne volonté, pour être acceptée dans une maison.

Elle se rappela ses incertitudes de jeune fille, avant que Paul Domanet briguât sa main. Elle ne savait à quoi se destiner, mais elle pensait qu’il serait facile de s’employer.

Le deuxième jour, elle fut tourmentée du désir de revoir ses enfants. Elle ne put y résister et elle alla jusqu’à Neuilly.

Elle vit les fenêtres de la villa fermées. Un froid mortel glissa dans son âme. Elle comprit que son mari avait prévu que son amour maternel la conduirait là.

Elle s’en retourna, d’un pas d’automate, tendant toute sa volonté à ne pas se laisser choir sur un banc, sous une averse neigeuse qui cinglait ses joues.

Dans sa chambre, à l’abri des regards, elle laissa passer sur son visage toutes les expressions du désespoir, mais elle ne pleura pas. Elle accepta le sort que lui envoyait l’existence. Puisqu’il lui fallait affronter une autre lutte, elle s’y soumettrait. Elle avait choisi. Malgré les conseils de Victorine, elle s’était enfuie de son foyer, poussée par un instinct plus puissant que sa volonté même. Elle n’avait pas