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ÉPREUVES MATERNELLES

La jeune femme fut rassérénée par cet offre spontanée.

Seule, elle se hâta de se préparer, et pleine de courage, elle arriva chez la commerçante :

— Ah ! Marie, annonça celle-ci, je vous ai trouvé une place de cuisinière au 48 de la rue. Ce sont de bonnes personnes. Les parents ont fait fortune dans une épicerie du quartier, et les enfants se paient des servantes. C’est M. et Mme Pradon qu’ils s’appellent. Le mari a un petit travail dans un ministère pour payer ses cigarettes et Madame écoute la T. S. F. pour ne pas s’ennuyer. Il y a un petit garçon de cinq ans et une petite fille de deux ans. J’ai dit que vous saviez cuisiner. Vous y serez très bien.

Denise était confondue. Être cuisinière l’atterrait. Devant son visage décontenancé, la boulangère demanda un peu inquiète :

— Vous savez cuisiner au moins ?

— Pas trop mal… avança Denise qui pensait à autre chose.

— Alors, vous pouvez vous présenter tout de suite, bonne chance !

— Merci, madame.

Presque en titubant, Mme Domanet sortit de la boutique. Les mots de la boulangère tourbillonnaient dans sa tête, mais ceux qui la frappaient d’une angoisse et d’un regret étaient ceux touchant les enfants. Un petit garçon de cinq ans et une petite fille de deux ans. L’âge de Richard et presque celui de Rita.

Allait-elle entrer dans cette maison pour avoir le cœur déchiré ? À tous les instants de la journée, supporterait-elle ce supplice inouï d’entendre et de voir ces enfants inconnus qui lui rappelleraient les siens ?

Une indécision cruelle la tourmentait. Machinalement pourtant, elle se dirigeait vers le numéro indiqué. Devant la porte, elle hésita.

Soudain, ses yeux se voilèrent, une faiblesse étrange l’envahit et elle comprit que la faim la domptait.

Il fallait qu’elle entrât dans cette famille, qu’elle y reprît quelques forces durant au moins un certain temps. Ensuite, elle réfléchirait.

Elle s’arrêta devant la loge pour se renseigner