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ÉPREUVES MATERNELLES

et ses enfants, il lui semblait qu’elle était seule au monde. Où étaient-ils maintenant ?

Finirait-elle sa vie ainsi dans l’isolement ? Pourrait-elle vivre loin de Richard et de Rita pendant longtemps ? Tout son cœur défaillait à cette pensée.

Puis, elle reprenait courage après une prière fortifiante. Elle persistait à croire qu’elle n’était pas abandonnée et qu’un jour les malentendus se dénoueraient.

Cependant, un matin, on frappa contre sa porte. Comme apeurée, elle ne répondait pas tout de suite, une voix demanda :

— Vous êtes là, mâme Podel ?

C’était le nouveau nom de Denise. Elle reconnut la façon de s’exprimer de la concierge de l’immeuble et ouvrit.

— Bonjour, mâme Podel… Il y a du nouveau. La boulangère du coin vous fait savoir que vous passiez chez elle.

Une joie courut en Denise. Elle oublia son rôle de femme modeste et elle dit d’un ton de femme du monde :

— Merci, madame. Comme vous êtes aimable de vous être dérangée.

— Vous voulez rire ! vous pensez bien que je n’ai pas grimpé les six étages exprès pour vous. J’avais à faire par ici.

Denise se tut, mais la concierge voulait parler.

— Vous étiez déjà placée dans cette boulangerie ?

— Oui, répondit laconiquement Denise.

— Ce sont de braves gens, durs au travail… Pourquoi n’y êtes-vous pas restée ?

— J’y faisais un remplacement.

— Ah ! et puis, voulez-vous que je vous dise ? Eh bien ! vous ne paraissez pas une vraie ouvrière, j’ai vu çà tout de suite.

Denise trouvait ce bavardage bien insipide et ne savait comment briser la conversation. Elle répliqua de sa voix douce :

— Ce n’est pas de ma faute, si je n’ai pas l’air d’une ouvrière… Croyez que je suis obligée de travailler.

— Çà, c’est possible, mais on peut avoir eu des malheurs. Je vous laisse à votre course. Mais si vous avez besoin de moi, je suis là.