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AUTOUR D’UN CANDIDAT

de nous a pris votre élection tellement à cœur !

Marcel fut ému de tant de sympathie.

Il n’avait aucune raison pour suspecter les intentions de Mme Lavaut, et il riposta avec feu par des paroles contraires à celles que la mère ambitieuse aurait voulu entendre :

— Mais, Madame… si vous saviez combien je suis heureux de n’être rien !

Mme Lavaut lui répondit par un regard indéfinissable. Jamais cet homme ne serait son gendre. Elle se le répétait pour la deuxième fois. Il avait des vues trop courtes, décidément. Un peu de mépris se levait même pour lui en son âme. Mais Marcel ne comprit rien au jeu de ces yeux mobiles. Il pensait que le malaise de Mme Lavaut provoquait tour à tour cette langueur et ces soubresauts.

À vrai dire, la pauvre femme était complètement désemparée. Elle ne se souvenait pas d’avoir éprouvé une telle déception, une telle colère dans sa vie.

Elle n’avait plus la force de se lever pour entraîner Louise et lui démontrer la stupidité de sa conduite. Elle se demandait tout à coup si sa fille était sotte ou rusée. Elle essayait de lire sur son visage les sentiments qui s’y reflétaient, mais n’y découvrait rien.

Louise avait repris son masque un peu indifférent. Un sourire à peine esquissé errait sur ses lèvres, surtout quand elle parlait à Marcel.

Mme Lavaut s’avisa d’y voir de l’ironie, et dans une impulsion pleine d’effroi pour un avenir ambitieux compromis, elle se leva d’un bond en s’écriant :

— Louise, accompagne-moi… J’ai besoin