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AUTOUR D’UN CANDIDAT

montré à cette mère tout le dédain que l’échec de son fils lui avait causé, elle ne pouvait que comprendre ce geste de vengeance.

Elle ne se trompait qu’à moitié. Mme Gémy était fière de l’estime dans laquelle on tenait son fils. Elle jouissait de l’embarras de Mme Lavaut qui avait perdu toute hauteur et qui restait bien sage sur son banc.

Elle poursuivit :

— En conséquence, chère Madame, mon fils ayant une situation qui s’annonce brillante, d’après les émoluments que lui donne Maître Zède, nous avons l’honneur de solliciter la main de votre gentille Louise…

Un tremblement de terre n’eût pas plus effaré Mme Lavaut, mais un soleil ruisselant d’or ne l’eût pas plus illuminée.

De morose, de gênée, son attitude devint expansive et joyeuse, et elle dit, non sans humilité :

— Que vous êtes bonne et sans rancune, chère Madame !… J’ai été si peu gracieuse envers vous lors de l’ennui de votre fils, mais combien je m’en repens !…

— N’y pensons plus, riposta Mme Gémy… Cette manière de procéder à notre égard, a justement fait ressortir l’âme si délicate de votre chère enfant… Elle nous a témoigné tant de sympathie pour nous faire oublier cet incident que nos yeux se sont dessillés et que nous avons jugé qu’elle serait une épouse parfaite et une belle-fille charmante…

Ce fut la seule allusion que se permit Mme Gémy pour montrer qu’elle avait été profondément atteinte par la conduite des deux mères. Elle acheva :