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l’ombre s’efface

Mon interlocuteur ne s’arrêta pas à mon exclamation et il continua :

— … Ou bien une pauvresse de grands chemins, vivant, sans être mariée, avec un ivrogne sans foi ni loi… Ou peut-être la fille d’un assassin…

Je tremblais tellement devant l’énoncé de telles horreurs que le maire s’en aperçut et interrompit cette succession de tableaux.

Je m’écriai :

— Vous savez sûrement quelque chose ! Je vous en prie, dites-moi tout !

— Eh bien ! je ne sais rien.

— Vous voulez me cacher la vérité.

— Foi d’honnête homme, je vous répète que je ne sais rien. Une personne est arrivée un jour chez la femme Nébol, avec un poupon qui était vous, et elle vous y a laissée.

Haletante, je demandai :

— Comment était cette femme ?

— Je ne l’ai jamais su. La bonne Nébol, qui était une pauvre jeune femme parfaite, ne voyait que l’enfant. Elle venait de perdre une petite fille, et votre arrivée lui a paru un miracle. Elle ne s’est inquiétée de rien, dans la peur que l’on vous reprenne à sa tendresse. Elle vous a soignée comme une fille de roi, mais malheureusement elle est morte quand vous aviez deux ans. Très en peine, avec une gamine sur les bras, Nébol s’est remarié avec celle que vous savez…

Ma pseudo-belle-mère ne m’intéressait pas, et je m’écriai :

— Quels vêtements avais-je quand je fus déposée chez les Nébol ?

— Rien de merveilleux : des langes propres, mais sans marque ; pas de dentelles, des pieds nus. Sur un papier, un nom : Christine.

— Où est ce papier ?

— Peut-être chez la femme Nébol, si elle ne l’a pas déchiré.

— Oh ! que je suis malheureuse que ces deux êtres ne soient plus en vie !

— Eh ! vous n’êtes pas la seule à regretter des morts…