Page:Fiel - Le fils du banquier, 1931.djvu/12

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traits réguliers. Elle était intelligente et suppléait son père dans les leçons particulières qu’on lui demandait.

Elle plaisait par son caractère décidé, mais sans brusquerie, par les inflexions de sa voix harmonieuse et par la sérénité de son attitude.

Gérard se sentit tout de suite à l’aise avec elle, sans cette gêne qu’il éprouvait parfois devant une jeune fille qu’il ne connaissait pas. Son naturel constituait pour lui un grand charme.

Pauline ressemblait à sa mère. Elle était silencieuse et douce et se préoccupait de chacun avec une sollicitude affectueuse. Elle paraissait vénérer ses parents et les contemplait sans cesse avec des yeux caressants. Ses frères et sœurs la consultaient et la traitaient comme une seconde maman. Elle aidait sa mère dans les soins de l’intérieur, assumant la tâche de l’entretien des vêtements de la maisonnée.

Ce fut petit à petit que Gérard se rendit compte de tous ces détails. Ce premier soir, il se contenta d’être ahuri par le mouvement de cette ruche où le travail était une loi autant qu’un attrait.

Le dîner se passa rapidement. Il était simple, sans recherches inédites. Gérard comprit cependant que l’ordinaire en avait été un peu corsé en son honneur.

Il ne fut pas long à remarquer non plus que la famille maintenait son rang social grâce à une économie stricte. Une des jeunes filles ayant affirmé que ses gants étaient complètement usés, Pauline murmura doucement :

— Je suis sûre, petite Berthe, que je les transformerai encore une fois en gants tout neufs…

Gérard s’avisa que si les invitations se répétaient, 11 ferait tort au budget de ses nouveaux amis. Il en fut désolé d’avance, ne voyant aucun moyen pour résoudre une question aussi délicate.

Cependant, il ne voulait pas s’écarter de cette maison. L’atmosphère l’attirait. Il trouvait une mère en Mme Laslay, des sœurs dans ces jeunes filles franches, sans détours, des frères dans les fils, tout prêts à le guider dans les rouages de New-York.

Il réfléchissait à ces choses en regagnant sa chambre d’hôtel. Il logeait dans un palace et tout le luxe qu’il y retrouva lui parut insolite auprès du logis qu’il venait de quitter.

Il pensa non sans attendrissement à toute l’énergie que devait déployer la bonne Mme Laslay pour maintenir l’ordre pécuniaire dans la petite famille. À vrai dire, les trois aînés ajoutaient au budget actuellement, mais que de durs moments avait dû traverser ce foyer avant d’atteindre ce semblant de bien-être.