Page:Fiel - Le fils du banquier, 1931.djvu/11

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tout souci, tout heurt ?… Avait-il besoin de se créer une personnalité, de travailler ?… Il allait bien donner quelque peu de son temps à la banque, mais c’était un passe-temps, sans dessein précis. Mais devant cette mentalité nouvelle, il était gêné de n’être qu’un reflet, de n’avoir pas une orientation personnelle qui le rendît un homme libre.

Il répondit non sans quelque embarras :

— Je ne me suis pas occupé bien activement jusqu’alors… Mon père, je dois l’avouer, m’a préservé de la peine même de penser…

Il y eut un silence qui fut interrompu par l’annonce du dîner.

Les enfants laissèrent passer leur père qui s’avança en tenant Gérard par le bras. Chacun se tint debout devant sa place. Mme Laslay, devant la sienne, récita le bénédicité. Ce geste émut Gérard. Il croyait se retrouver à Paris entre son père et le bon P. Archime. Chaque enfant avait joint les mains et penché le front. Ces attitudes recueillies imprégnèrent de majesté la pièce très simple.

Gérard oubliait qu’il était en Amérique. Il venait de trouver une famille.

La conversation reprit et M. Laslay la dirigea. S’il n’était pas permis aux plus jeunes de garder le dé trop longtemps, leur père, cependant, les autorisait à exprimer leurs impressions. Il tenait même beaucoup à les entendre parler et corrigeait leurs défauts de diction ou leurs erreurs grammaticales.

Gérard sut que le benjamin ne possédait pas le feu sacré pour les études. Il aurait déjà voulu s’occuper de mécanique et soupirait en pensant que ses treize ans le feraient encore attendre quatre longues années !

Les deux cadettes se montraient de bonnes enfants qui travaillaient assidûment, l’une pour devenir professeur, tandis que l’autre était attirée vers la médecine. Leur âge tendre ne leur donnait pas encore beaucoup d’autorité pour affirmer la stabilité de cette détermination, bien que leur volonté se montrât déjà ferme.

Paul était dans le commerce. Il servait les intérêts de son patron avec une conscience telle qu’il lui inspirait de l’admiration et ce n’était pas peu de chose pour un Américain !

Son père s’en montrait fier. Il savait que son fils réussirait. Son patron parlait de lui laisser la direction d’une maison qu’il voulait fonder en France, et Paul exultait, parce que Paris, qu’il ne connaissait pas, devenait son idée fixe.

Sérieux et gai tout à la fois, il plaisantait, puis étonnait par ses réflexions judicieuses et ses vues justes.

Denise ressemblait à M. Laslay. Elle possédait le même regard. Ses cheveux ondes encadraient un visage rose aux