Page:Fiel - Le fils du banquier, 1931.djvu/29

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donnera dans les premiers temps… Denise est triste, mais elle a compris...

— C’est vrai ?… elle ne m’en veut pas ?

— Oh ! dear boy !… elle vous plaint et voulait vous épouser pauvre pour vous réconforter…

— Chère Denise !…

Le visage de Gérard s’éclairait Les paroles de Marcel réchauffaient son cœur.

Mais cette lueur de joie fut de courte durée. La réalité était là. Il s’écria :

— Le beau songe est terminé malgré tout… Je serais amoindri en ne donnant pas à Mlle Laslay ce que je lui ai fait espérer…

— Allons, pas de découragement… Ne songez plus au passé qui tue les forces… Soyez tout au présent, et, pour le moment c’est l’heure qui coule et qui nous presse… l’heure du départ du paquebot arrive…

Gérard empoigna sa mallette et les deux amis sortirent de l’hôtel pour s’acheminer vers l’embarcadère. Le soleil d’août brillait encore, à la fin de sa course, mais il ne faisait pas trop chaud.

Gérard murmura :

— J’avais débarqué ici, plein d’allégresse, de sensations nouvelles… J’ai trouvé dans votre famille un accueil chaleureux, j’ai cru y tenir le bonheur… Je croyais que je n’avais qu’à ouvrir simplement les mains pour que la manne m’arrivât…

— Ce serait trop facile, répliqua Marcel.

Ils atteignirent le paquebot. Gérard eut le cœur serré. Il lui sembla entrer dans une autre existence.

Chaque tour d’hélice allait le rapprocher d’un destin inconnu. Marcel l’accompagna jusque dans sa cabine, puis ils remontèrent sur le pont.

Paul Laslay y était. Il s’élança vers Gérard, et d’une voix gaie il s’écria :

— Hurrah ! dear boy, ne soyez pas mélancolique… vous allez seulement devenir quelqu’un… Vous avez commencé la vie à rebours : vous savez comment on dépense l’argent et vous allez, maintenant, apprendre à le gagner !… Vous en aurez des satisfactions, vous verrez…

Ainsi, tous parlaient la même langue… Gérard se rendit compte qu’on l’avait trouvé bon et charmant, mais qu’on ignorait la valeur de son intelligence. Pour ces garçons travailleurs et énergiques, il ne comptait pas encore.

Paul reprit :

— Je n’ai pas voulu vous laisser repartir sans une poignée de main… Vous nous donnerez des nouvelles, n’est-ce pas ?

— Sûrement…