Page:Fiel - Le fils du banquier, 1931.djvu/41

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


— Je ne sais pas encore… je suis encore un peu surpris… Je n’ai examiné aucune question encore… il me faut un peu de temps…

— Du temps, du temps, répéta le P. Archime, nous n’en avons pas trop…

Gérard leva vivement son regard sur celui qui parlait ainsi.

— Le P. Archime a raison, ratifia fermement le banquier… Nous ne pouvons pas trop attendre… Il ne me reste pas d’argent…

— Pas d’argent ?

Le jeune homme stupéfait contempla son père. Ces deux mots, nouveaux pour lui, sonnèrent comme un tocsin à ses oreilles. Une sensation étrange s’en dégageait. Un fantôme se levait auquel Gérard n’aurait jamais cru penser sérieusement, celui de la faim…

Tout à l’heure, quand il pensait : « pas de pain », il croyait à une image, sans songer à la vérité stricte. Il repoussa ce spectre avec horreur, essayant de garder sou expression impassible.

Il répondit avec une gaieté factice :

— Nous en ferons rentrer, papa… Je vais chercher dès ce soir à m’employer. Cela ne doit pas être difficile à trouver…

Le P. Archime eut un geste, mais il s’arrêta et laissa M. Manaut s’écrier :

— Ah ! si j’étais debout… tu ne vivrais pas ces heures terribles, mon pauvre enfant !

— Allons, pas de désespérance… Il ne faut pas exagérer l’affection que l’on porte à ses enfants… C’est en leur évitant trop de peine qu’on finit par leur en donner… Nous nous occuperons d’une situation pour Gérard tout à l’heure… Tu vas sortir avec moi, et nous examinerons tes capacités, tes tendances… Il y a certainement un genre d’occupation que tu dois préférer à d’autres ?

Pour le moment, Gérard ne se sentait aucune inclination spéciale pour quoi que ce fût. Il était en plein brouillard et s’ingéniait seulement à ne pas se laisser troubler par une dépression qu’il sentait grandir.

Pas d’argent. Lui qui le dépensait si largement sans se demander seulement par quel prodige de volonté son père le lui gagnait.

Maintenant, il était acculé à l’angle de la misère et il faudrait arracher sou par sou à celui qui l‘emploierait, afin d’empêcher son père malade de mourir d’inanition !

Les cheveux de Gérard se dressaient sur sa tête en songeant au tragique de la situation.

Le P. Archime dit :