Page:Fiel - Le fils du banquier, 1931.djvu/43

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Quand je pense que je dois subvenir aux besoins de mon pauvre père, je suis assailli de frayeur…

— Tu t’y accoutumeras, mon petit… Tu n’as pas eu ta responsabilité développée et tu te crées des montagnes pour un devoir qui deviendra très naturel… Combien d’hommes sont dans ton cas et, à ton âge, nourrissent une femme et des enfants… C’est presque normal… Félicite-toi de n’avoir pas conclu ton mariage avant cet événement… Non seulement tu aurais entraîné ta femme dans un avenir hasardeux, mais tu aurais eu deux bouches à nourrir tout de suite, sans compter la tienne, avec tes seuls moyens…

Le P. Archime, qui tenait le bras de Gérard, le sentit frémir.

— C’eût été le désespoir pour moi… Ma torture morale est suffisamment grande de penser que je suis chargé de mon père…

— On subit ce qui vient, mon pauvre petit… Crois que si je pouvais t’aider, ce serait déjà fait… mais je ne connais que des pauvres, ce sont là mes seuls amis… Ton père faisait exception parce que nous avons joué ensemble gamins au temps lointain de notre enfance… C’était sans doute trop d’un ami riche…

— Il vous était cependant bien nécessaire…

— Oui, mais tu comptes aussi, toi, le fils… Il fallait que ton heure vînt… Chacun a sa part de luttes dans ce bas monde… Tu verras que le côté actif te séduira bientôt…

Le P. Archime parlait comme les Laslay… A pas lents, les deux amis descendaient l’escalier, et ce fut à peu près remis que Gérard franchit le seuil de l’immeuble. Son compagnon lui dit :

— Faisons quelques pas à pied… Nous prendrons un tramway tout à l’heure… La rue n’est pas populeuse et nous pourrons causer un peu… A quelles démarches penses-tu ?

— J’ai l’intention de me rendre chez M. Laboral. Un ancien bon client de papa, M. Laboral… Je suppose qu’il pourra me caser dans sa maison…

— Le fabricant d’automobiles ?

— Oui…

— Que feras-tu là ?

— Je serai dans les bureaux, je présume…

— Tu gagneras combien ?

— Que sais-je ?… environ de dix-huit cents à deux mille francs par mois…

— Comme tu y vas !… Je crains bien que tu n’aies quelques désillusions sous ce rapport…

— Comment !… vous pensez que je n’atteindrai pas ce chiffre ?… Je croyais être modeste en l’énonçant… Il me fallait cela rien que pour l’automobile que je conduisais moi-même…

— C’est possible… mais l’argent est plus vite dépensé que