Page:Fiel - Le fils du banquier, 1931.djvu/44

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gagné, et je suis convaincu que, pour un début, jamais un patron ne te donnera pareil chiffre…

— Vous me consternez… Enfin, nous verrons… Je passerai chez Laboral tout à l’heure… Je suis très pressé de sortir de cette incertitude…

— Tu as raison… Quittons-nous ici, et que le ciel te conduise, mon enfant… J’irai vous voir demain.

Le P. Archime serra affectueusement la main de Gérard et le suivit des yeux quelques secondes. Il murmura :

— La Providence le protégera… il a toujours été droit et bon… Il a son temps d’épreuve, c’était inéluctable… Les inutiles ont souvent une période où la revanche fatale survient… C’est dans l’ordre de l’équilibre général. Dieu n’aime pas que l’intelligence reste inactive… Il faut se servir des dons qu’il nous a consentis…

Le P. Archime poursuivit sa course vers ses pauvres, tandis que Gérard prenait l’autobus pour aller à la maison des automobiles Laboral.

Il s’essayait déjà au système d’économie. Il avait rarement pris ce moyen de transport, et quand il se vit obligé d’attendre son tour pour obtenir une place sur la plate-forme, il lui sembla descendre dans la hiérarchie sociale.

Heurté, bousculé, mal préparé aux secousses du véhicule, il songea, pour la première fois de sa vie, à plaindre les femmes qui se trouvaient debout oscillantes, sur la plate-forme inconfortable.

Quelle mélancolique comparaison il fît avec son automobile douce et silencieuse !

Il eut beaucoup de mal à tirer une pièce d’argent de son gousset. Perdant son équilibre, il dut se tenir à la poignée où s’accrochaient déjà trois autres voyageurs. Enfin, une place fut libre à l’intérieur et Gérard essaya de l’atteindre. Mais n’ayant pas l’habitude de ces luttes, il fut devancé. Il ignorait avec quelle impatience ces places étaient guettées.

Il put enfin arriver à se caser, mais il crut bon de délaisser son coin en faveur d’une vieille dame qui tanguait sur la plateforme. Il fut surpris de voir qu’il était le seul à faire ce geste.

Plus tard, à mesure qu’il avança dans le chemin nouveau, il comprit que bien des hommes, las de leur journée, conservaient leur place assise parce qu’ils avaient besoin de repos.

Ce jour-là, Gérard ne savait pas encore ces choses et il était tout indigné.

Il descendit au point le plus rapproché de sa course. Il accomplit encore un trajet de quelques mètres et entra dans la maison d’où il espéra le salut.

— Je désire parler à M. Laboral…

— De la part de qui ?