Page:Fiel - Le fils du banquier, 1931.djvu/46

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— Evidemment, Monsieur…

M. Laboral avait glissé dans cette réponse polie beaucoup d’impertinence.

Gérard ne broncha pas.

— Je devine que cela ne vous conviendrait pas, mon jeune ami… Voici autre chose : je manque de placiers… Peut-être pourriez-vous, avec vos relations, vendre des autos ?… Je ne donne aucun traitement fixe à mes représentants… Ils ont un large pourcentage sur les voitures qu’ils me font vendre et sur leurs accessoires…

Comme en un tableau rapide, Gérard se vit tenu de poursuivre de ses insistances les personnes qu’il connaissait, anciens clients de son père, amis d’hier, indifférents d’aujourd’hui…

Il s’imagina, déclamant le boniment, usant ses forces vives pour happer une commande…

Aurait-il le courage d’importuner tout le monde ? Saurait-il guetter patiemment l’acheteur ? Que gagnerait-il ?… Son gain serait proportionné à la somme de ténacité qu’il déploierait, à l’humiliation qu’il subirait…

— Je réfléchirai, Monsieur, répondit-il avec une certaine hésitation.

L’industriel craignit sans doute que cet employé en qui son flair commercial appréciait les relations étendues ne se dérobât, et il reprit :

— Ne tardez pas trop… ces situations sont fort recherchées… Vous pouvez compter sur deux mille francs par mois, l’un dans l’autre, en vous donnant activement à votre métier.

Gérard frémit. Deux mille francs aléatoires pour courir toute la journée, parler sans arrêt et rentrer harassé. De plus, il fallait être bien vêtu, représenter de manière élégante la maison qui l’employait. Il n’était pas assez naïf pour être sûr de gagner cette somme que l’on faisait miroiter devant son esprit indécis, mais ce dont il était sûr, c’est qu’il était obligé de se nourrir et de nourrir son père…

Ne valait-il pas mieux avoir une situation plus stable en sacrifiant quelques centaines de francs ?

— Que donnez-vous, Monsieur, aux employés qui débutent dans vos bureaux ?

— Mon personnel est au complet dans cette section, mais un apprenti mécanicien a trois et quatre cents francs par mois… Gérard ne put répondre. L’effroi le paralysait. Quatre cents francs !

Il se leva et dit, essayant de conserver l’aisance qu’il possédait en entrant :

— Je vous rendrai réponse demain, Monsieur…

— C’est entendu…