Page:Fiel - Le fils du banquier, 1931.djvu/50

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CHAPITRE VI

Quand Gérard se réveilla le lendemain dans sa modeste chambre, il eut une impression fort pénible. Ce n’était plus le palace de New-York, ni le navire confortable. Ce cadre nouveau lui causa de l’horreur et cette absence de serviteurs, une sorte d’effroi. Il lui semblait être abandonné.

Où étaient ces réveils dans une atmosphère ouatée où il se, savait entouré, prompt à être servi et obéi ?

Où était ce parfum de demeure bien organisée où tout était net, gai et attirait le regard ?

Ici, des murs recouverts d’une tapisserie maculée, un plafond grisâtre, un plancher sans tapis, un lit de fer. Seuls, le portrait de sa mère et quelques objets lui appartenant se trouvaient rassemblés dans cette pièce.

Gérard, cependant, avec énergie, repoussa les images tentantes et inutiles.

Il se leva, sachant que son père avait besoin de lui. Le devoir filial le prenait. Puis, la course au travail l’attendait aussi et il s’agissait d’aboutir le jour même à une solution. Attendre n’était pas possible.

— Tu as bien dormi, père ?

— Oui, mon enfant… Je suis réveillé depuis une heure et je pense à toi… Quelle épreuve pour ton père de te voir acculé à la misère… Pourtant, je n’ai pas voulu tricher avec ma conscience et je n’ai rien conservé par devers moi… Je savais d’ailleurs que tu ne le supporterais pas…

— Comme je te remercie, père, de m’avoir jugé ainsi !… Jamais, en effet, je n’aurais pu profiter d’un argent semblable… Ne te désole pas pour moi ; d’ailleurs, ce sera parfait que je goûte de la vie active…

M. Manaut regarda son fils profondément.

Gérard jouait à la gaieté. Il s’empressait autour du malade qui fut bientôt dans la petite salle à manger.

Mme Wame entra :

— Eh ! vous voici tôt prêt, M’sieu Manaut, j’vas vous donner vot’ café…

— Très volontiers, Madame Wame… Rien de nouveau ?

— Si… la concierge a mal aux dents…

— La pauvre femme !

— Elle est quand même moins à plaindre que vous, mon bon Monsieur, elle peut trotter…