Page:Fiel - Le fils du banquier, 1931.djvu/54

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ton logis plus modeste encore ?… Tu serais déprimé… Pour le moment, il vaut mieux rester obscur et prendre la vie franchement par son côté pratique, au moins momentanément.

— Qu’entendez-vous par là ?

Il y eut un silence, puis le P. Archime lança :

— Ne t’émeus pas… Écoute-moi avec attention… N’as-tu pas, dans la série des travaux manuels, une prédilection pour un labeur quelconque ?… Tous les garçons ont une tendance, un goût inné pour tels ou tels travaux… Les uns aiment la mécanique, les autres la menuiserie, d’autres le bois découpé…

Gérard interrompit le religieux :

— Devenir ouvrier ?

— Pourquoi pas ? Un ouvrier gagne de bonnes journées, ce sont les heureux du jour, quoi qu’ils en disent… Ils n’ont que huit heures de travail, donc beaucoup moins qu’un intellectuel… Pas de frais de toilette, aucune charge de représentation, la paye chaque semaine… Puis, la liberté, à la fin des huit heures de travail, de se former l’esprit en suivant quelques cours du soir.

— Quel horizon m’ouvrez-vous là ?… murmura Gérard pensif.

— Tout est digne, mon enfant, quand on le pratique avec dignité… Tu n’en resteras pas moins un jeune homme intelligent et distingué, pianiste correct, collectionneur averti, parce que tu manieras quelque outil… Écoute la belle leçon, c’est l’ancien président des États-Unis qui parle, M. Coolidge : « Le jour où je devins président, mon fils avait commencé à travailler comme petit ouvrier dans une plantation de tabac. Un de ses camarades lui dit : « Eh bien, moi, si mon père était président, je ne resterais pas à peiner dans un champ de tabac. » Mais mon fils lui répondit : « Si mon père était votre père, vous continueriez… » Une autre fois, un de ses camarades l’appela « le premier boy du pays », et il répondit : « Je ne mérite pas ce titre ; il n’appartient qu’à un boy qui s’est distingué par ses propres actes. »

Gérard était ébranlé. Le P. Archime poursuivit :

— Un bon ouvrier manque toujours à un patron, et si tu as une préférence pour un métier…

— J’aimerais la serrurerie, avoua Gérard avec un peu d’hésitation… Que de fois ai-je manié le tournevis, le marteau, pour remonter une serrure… C’était presque une passion chez moi…

— Ah ! je comprends maintenant, s’écria joyeusement le P. Archime, pourquoi, dans cet hôtel des Manaut, les serrures louaient si bien !… Cela m’avait frappé, figure-toi. Je me disais : Quel entretien, quel soin !

— Non, c’est sérieux ?

— Absolument… Je te félicite, et tu cherches un gagne-pain qui est tout trouvé ! Tu vas devenir l’as de la serrurerie… Ton