Page:Fiel - Le fils du banquier, 1931.djvu/53

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Gérard ne répondit pas. Une sueur d’angoisse perla sur son front. Il jeta un regard de détresse vers le missionnaire. Le religieux en comprit toute la douloureuse signification et il s’ingénia, en racontant quelques épisodes de sa vie aux colonies, à chasser les soucis. Il cita des cas pour faire ressortir que la position de ses deux amis était bien meilleure que celle de beaucoup d’autres.

M. Manaut, optimiste, se déridait facilement. Les paroles de P. Archime ne firent qu’accentuer ce penchant. Quant à Gérard, son visage redevenait plus serein et il songeait :

— Rien n’est perdu… J’ai mon cerveau et mes bras… Ils me sortiront d’affaire… C’est un temps à passer, une épreuve qui fortifiera mon jugement et mûrira ma pensée.

Il rangea la vaisselle avec plus d’habileté et moins d’amertume. Il lui semblait que soudain il jouât au pauvre. L’espoir, de nouveau, rayonnait en lui.

Le P. Archime lui demanda :

— Tu m’accompagnes ?

— Volontiers… Tu as tout ce qu’il faut, papa ?…

— Je crois bien !… Le docteur m’a apporté une provision de livres et de journaux qui vont me tenir compagnie… Puis, me viendra Mme Wame pour la conversation…

Tous trois rirent. Puis Gérard sortit avec le P. Archime.

Dehors, le jeune homme s’épancha non sans émotion :

— Je suis perplexe. J’ai appris ce matin, dans mes courses, que gagner de l’argent n’est pas commode, et, qu’en gagner rapidement est moins facile encore… Je me heurte à des problèmes bien compliqués… et nous sommes pressés, ainsi que te répète mon père…

— Ne te décourage pas… Rends-moi compte, si tu le veux bien, de tes courses de ce matin-

Gérard narra les détails de ses recherches. La gain proposé au bout d’un mois de travail… L’attente forcée… Que devenir ? à quoi se décider ?

Il avait compté qu’un des anciens clients de son père le prendrait par bienveillance. Personne n’avait perdu un sou. Pourquoi ne pas reconnaître cette belle attitude du père en venant en aide au fils ?

— Mon petit Gérard, cet homme-là existe sûrement, mais nous n’avons pas le temps de le trouver… Et puis, je ne crois pas que ta dignité s’en accommode… Je suis certain que tu trouverais bientôt quelque ennui à cette bienveillance… Tu serais traité comme un familier, on t’inviterait à des dîners… Pourrais-tu t’y rendre avec la même facilité qu’autrefois ? Ne souffrirais-tu pas de ce mélange de luxe et de pauvreté ? Quels sentiments éprouverais-tu en rentrant dans ton quartier modeste et dans