Page:Fiel - Le fils du banquier, 1931.djvu/58

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— Notre cher ami, le P. Archime… Il m’a démontré que profiter d’un don manuel était la solution la plus rationnelle et je l’ai écouté… J’ai pensé à la serrurerie…

Gérard s’occupa de son père avec gaieté. Il voyait le lendemain avec plus de confiance. Il s’accoutumait à la médiocrité du logis, au quartier populaire, à l’odeur un peu âcre de la maison pauvre.

Il se réveilla, les bras un peu lourds et ne comprenant pas tout de suite pourquoi. Quand il s’en souvint, il rit et se hâta de se lever, devant être au travail à 8 heures.

Comme la veille, il aida son père, et quand Mme Wame entra, il ne s’étonna plus de son bonjour familier.

Quand elle le vit en salopette, elle s’écria :

— Ah ! maintenant, vous me plaisez mieux ! On voit à qui on a affaire…

Elle devint alors plus maternelle et s’occupa de l’intérieur avec activité. Gérard ne lui cacha pas qu’il travaillait chez un serrurier, ce qu’elle apprécia fort, disant que c’était un bon métier.

Quelques jours passèrent durant lesquels Gérard se pénétra de ses occupations, y apportant autant de conscience que d’habileté. Il prenait les intérêts de son patron et ne laissait rien en souffrance. Il agissait ainsi en pleine bonne foi sans se douter qu’il soulevait de la méfiance et que les trois ouvriers qui l’entouraient commençaient à le trouver un gêneur.

Son patron était enchanté de lui. Peut-être eût-il aussi éprouvé de la méfiance et de la jalousie s’il avait été plus jeune et ouvrier. Mais, comme patron, il savait reconnaître les qualités de ceux qu’il employait, ainsi que leur bonne volonté.

Il trouvait en Gérard une aide exceptionnelle et s’estimait grandement favorisé de l’avoir.

L’ouvrier Plit dit un jour à ses camarades :

— Ce particulier-là ne me revient pas. Il est trop poli pour être honnête… Il faut que je prenne des renseignements sur lui… Le patron sera peut-être content de savoir à quoi s’en tenir…

Les deux autres ne protestèrent pas. Ce que disait Germain Plit, leur aîné, ne souffrait pas de réplique. Il avait de l’ascendant sur ses compagnons parce qu’il était intelligent et que son travail était toujours minutieusement achevé. Il comptait reprendre le fonds de Bodrot quelque jour et épouser sa fille. Il économisait dans cet espoir. C’était un garçon probe, dur à la peine, bon fils, mais un peu brusque et ne passant pas de temps aux mièvreries. Il voyait avec souci le nouveau venu entrer dans les bonnes grâces du patron et il se demandait s’il aurait à combattre.

Il cherchait bien à savoir quelque chose par Gérard lui-