Page:Fiel - Le fils du banquier, 1931.djvu/66

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Gérard à laquelle ce dernier répondit de manière embrouillée.

De guerre lasse, le patron pensa : Je verrai le P. Archime… Lui seul pourra m’éclairer sur ce garçon… Je n’ose pas lui poser un interrogatoire en règle… il a de si bonnes manières !… De plus, il est bien habillé… on dirait presque que ses vêtements sont faits sur mesure…

La question toilette avait précisément beaucoup tourmenté Gérard. Que devait-il revêtir pour se rendre à l’invitation de son patron ?

Devait-il rester en combinaison de travail ou endosser un de ses complets, si bien coupés, dans lesquels il redevenait l’homme du monde ?

Il avait opté pour la dernière solution, pensant que cela serait plus correct. Il se disait que Bodrot ne saurait sans doute pas établir de différence entre un vêtement bien coupé et un autre. En quoi il se trompait.

Pendant que le patron serrurier formait un plan pour se renseigner sur son ouvrier, Gérard en décidait un autre.

Il ne voulait pas que Mathilde le crût décidé à adopter les projets de son père et il prenait la résolution de lui parler afin d’éviter toute équivoque. Le jeune homme aimait les situations franchement définies. Son caractère se révélait. Il n’était plus celui qui se laisse aller parmi les facilités de la vie, mais celui qui prend conscience de ses responsabilités.

Il jugeait même aujourd’hui qu’il avait été bien vite pour se fiancer avec Denise. Il rougissait d’avoir agi comme un enfant. Il lui donnait son nom sans aucune preuve de sa valeur morale.

Est-ce ainsi que l’on doit se marier ?

Il ne songeait pas sans un frémissement qu’il eût pu être ruiné un peu plus tard, ayant femme et enfants… Aurait-il alors pu imposer à sa compagne le rang d’une épouse d’ouvrier ?

Mais, pour le moment, il ne s’agissait pas de ces choses. Il voulait que Mlle Bodrot ne s’éprît pas de lui et qu’ensuite elle en souffrît… Non, c’était assez d’avoir déçu Denise !

Gérard, sous l’influence de ces pensées, ne s’attarda pas dans le logis de son patron. Quand il prit congé, Bodrot lui dit :

— Vous reviendrez, jeune homme, c’est agréable de causer avec vous…

Gérard répondit évasivement. Il s’en retourna chez son père et lui tint compagnie durant tout l’après-midi ; pour distraire son malade, Gérard lui proposa une partie de cartes, ce que M. Manaut accepta.

Ce fut un excellent jour de repos pour le nouvel ouvrier. Le lendemain, une maladresse dans les paroles du patron fît pressentir à Plit que, la veille, Gérard était allé au domicile de