Page:Fiel - Le fils du banquier, 1931.djvu/74

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— Oui, patron… Je vous remercie toujours pour votre consentement.

Plit retourna dans l’atelier pendant que Bodrot rangeait quelques boîtes.

Le patron restait songeur, et quand à son tour il reparut parmi ses ouvriers, on put remarquer son visage plus soucieux. A la dérobée, ses yeux cherchaient Gérard. Il s’avoua qu’il aurait dû deviner tout de suite ce qu’il en était pour le jeune homme. Tout criait son ancienne situation : ses mains soignées, son corps souple, son souci de ne pas se salir qui restait une habitude de l’homme qui portait des vêtements élégants ; tout dans ses manières trahissait l’accoutumance du luxe.

Bodrot, ce matin-là, fit dire à ses filles par un petit commis qu’il ne rentrerait pas déjeuner, ayant un travail pressant à examiner à l’autre bout de Paris. Mathilde ne s’étonna pas. Il arrivait parfois à son père d’agir ainsi pour ne pas laisser ses ouvriers trop longtemps seuls à la rentrée de l’après-midi. La vérité était que Bodrot avait besoin de réfléchir. Les deux prétendants de sa fille lui agréaient. Il se disait bien que Gérard n’avait osé encore aucune démarche, mais il estimait maintenant que ce serait à lui, Bodrot, de l’encourager. C’est à l’honnête homme de tendre la main à celui qu’il veut régénérer.

Ce serait le soir seulement que Bodrot parlerait à Mathilde. Il rentrerait plus tôt, avant les jumelles, afin de ne pas être dérangé dans son entretien avec sa fille.

Il procéda comme il l’avait médité et trouva Mathilde qui vaquait aux soins du dîner en chantonnant.

— Tiens ! te voici bien en avance, papa ! s’écria-t-elle joyeusement en embrassant son père.

— C’est que j’ai beaucoup de choses à te dire…

— Bon…, des choses gaies, au moins ?

— C’est un mélange. D’abord, Plit m’a demandé ta main.

— C’est d’un bon garçon.

— Tu l’acceptes ?… demanda anxieusement le père.

— Je ne réponds pas oui si vite…, mais je réfléchirai. Je voudrais connaître sa mère d’abord… J’ai besoin d’avoir une bonne mère, moi aussi…

Le père et la fille se turent un instant, alors que passait dans leur souvenir l’ombre de la disparue.

Puis Mathilde reprit de son ton joyeux :

— Et l’autre chose, quelle est-elle ?

— Je sais qui est Manaut.

Le visage de Mathilde s’imprégna de gravité et elle se prépara à écouter son père attentivement.

— Gérard Manaut est le fils du banquier Manaut qui a spéculé à la Bourse.