Page:Fiel - Le fils du banquier, 1931.djvu/75

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Mathilde resta silencieuse quelques secondes, puis elle repartit simplement :

— Je le sais… Mais M. Manaut n’a pas abusé de la confiance de ses clients. Il a été ruiné par une catastrophe survenue dans l’exploitation d’une mine. Ces Manaut sont les plus honnêtes gens du monde et les plus désintéressés. Ils ont vendu jusqu’à leur dernier objet de valeur pour rembourser leur clientèle. Personne n’a été lésé. Le fils travaille pour subvenir aux besoins de son père.

Aujourd’hui, le serrurier allait de surprise en surprise. Les confidences de Plit, sa demande en mariage et les révélations de Mathilde formaient un total qui l’ahurissait. Quand il fut revenu de sa stupeur, il s’écria :

— D’où tiens-tu cela ?

— J’ai voulu éclaircir le mystère qui semblait envelopper ce jeune homme. Je ne suis pas une jeune fille à rester dans une illusion qui pourrait devenir préjudiciable. Cet après-midi, ayant du temps, je suis allée trouver le P. Archime…

— Tu as fait cela ? interrompit Bodrot avec admiration.

— Tu sais que je ne suis pas timide. Quand on veut aller au fond des choses, il faut en prendre les moyens. J’ai donc dit au Révérend Père que ce Gérard nous intriguait, que tu avais des visées sur lui me concernant.

— Oh ! tu n’aurais pas dû…, risqua Bodrot gêné.

— C’était la seule manière de le faire parler… Il fallait bien savoir la vérité : ou il était digne de moi ou je n’étais pas faite pour lui. Le P. Archime qui, tout d’abord, restait prudent, a compris aussitôt le fond de ma pensée quand je lui ai avoué ton projet. Il m’a dit : « Ma bonne enfant, je crois que vous avez raison : Gérard ne pourrait être un mari pour vous… »

— Par exemple ! s’écria le père Bodrot vexé. Je trouve qu’il aurait tout de même une certaine chance…

— Laisse-moi donc finir, mon petit papa. Tu t’emballes parce que tu aimes trop tes filles. Le bon religieux m’a donc dit : « Gérard ne pourrait vous épouser parce qu’il s’est fiancé et qu’il a dû renoncer à son mariage lors de sa ruine… Il ne trouverait donc pas loyal de se fiancer sans que cette jeune fille soit d’abord mariée… » Tu vois donc, petit père, que nous n’avons pas à compter sur Gérard Manaut. Pour que je sois bien convaincue, le P. Archime m’a même dit le nom de cette jeune fille : Denise Laslay, fille d’un professeur, ami de M. Manaut. C’est à New-York qu’ils se sont rencontrés et fiancés… Tu vois que je suis bien instruite…

L’étonnement de Bodrot continuait, en même temps qu’un soulagement l’allégeait. Sa dignité était sauvegardée, Gérard, ne les dédaignait pas. De plus, son père et lui étaient lavés de tout