Page:Fiel - Le fils du banquier, 1931.djvu/76

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


soupçon concernant l’honnêteté, et cela satisfaisait le cœur du bon Bodrot.

Il plaignait maintenant davantage le pauvre Gérard que la vie avait malmené doublement. Et s’il sentait que le jeune homme pouvait devenir un ami, l’idée d’en faire un gendre l’abandonnait, mais sans qu’il en éprouvât de dépit.

Il s’exclama :

— Sais-tu que tu es futée ?

— Ne suis-je pas la fille de mon père ? riposta-t-elle avec autant d’affectueuse flatterie dans la parole que dans le ton.

Puis, au bout d’un moment, elle reprit :

— Alors, vois-tu, papa, je crois que Plit serait un bon parti ; mais il faut retarder un peu la réponse pour le punir d’avoir médit de Gérard Manaut, car c’est bien lui qui t’a parlé de Manaut ?

— Tu devines donc tout ?

— Mon petit doigt est fin, tu sais. Maintenant, ce sont les enfants qui ont ce fameux petit doigt dont les parents avaient le monopole.

Le père et la fille rirent gaiement. Le brave Bodrot était tout rasséréné.

Mathilde dit soudain :

— Je pardonne ses accusations à Germain Plit, parce qu’il a obéi à un mouvement de jalousie…

— Tu crois ?

— J’en suis sûre… Il a demandé ma main quand il eut fini de débiter son petit discours, n’est-cc pas ?

— C’est vrai !

— Tu vois, il m’aime assez pour être jaloux… Il avait peur d’être distancé par Gérard Manaut…

Bodrot était émerveillé de la sagesse de sa fille. Il se promenait dans la salle à manger exiguë, les mains derrière le dos, en attendant la rentrée des jumelles pour le dîner.

— Oui, c’est Plit qui m’a raconté tous ces détails, et maintenant je vois que ton prétendant a dû passer un mauvais moment en se croyant supplanté… Il a cependant été juste jusqu’à un certain point pour Gérard, je dois le reconnaître.

— Tant mieux…, cela prouve qu’il a du cœur…

— Alors ?… Devrai-je le prévenir un peu que tu l’acceptes ?

— Oh ! non, mon petit papa, je voudrais lui annoncer moi-même ce que je déciderai…

— Oh ! oh !… j’ai une fille bien indépendante…

Les jumelles rentrèrent et la conversation changea.

La compatissante Mathilde songeait à Denise Laslay qui avait dû abandonner le rêve de ses fiançailles. En fille éner-