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prudence rocaleux

vient la foule, elle ne reste plus naturelle… Si qu’on vous avait raconté que vous étiez une actrice, supposez, vous auriez commencé des minauderies, et quand on vous aurait arraché vot’ enfant, vous l’auriez rendu à la voleuse avec un sourire… Alors, la scène devenait du chiqué, tandis que là, on vous chipe vot’ poupon, vous roulez des yeux avec un air bête et votre nature bat son plein… Vous saisissez ?

— Tout à fait ! mais les deux femmes… la fausse mère et la fausse voleuse ?

— Ça ! c’étaient des artistes comme qui dirait hors concours… Ça sait jouer les sentiments, même quand ça ne les sent pas ! Vous avez vu c’te mère à la manque, comme elle criait ? Elle paraissait être une vraie mère qu’on égorgeait, et son petit par-dessus le marché ! J’ pleurais, moi, parce que j’suis un vrai père…

— Vous ne saviez donc rien, vous non plus ?

— Non… j’avais bien vu une caisse, mais y a tant de gens qui ont des caisses… Quéquefois y ont des singes dedans. Tant qu’ils ne font pas de scandale, on les laisse tranquilles… Et pis, c’était pas mon rayon et on ne s’introduit pas sur les terres du voisin… Mais nos tourneurs sont venus raconter leurs prouesses hier soir, afin qu’on rassure ceusses qui avaient peur d’être inquiétés… Ils n’avaient pas voulu avertir, parce que les gens auraient regardé du côté de leur manivelle, au lieu de vous regarder… Y n’ vous auraient plus plainte, vous comprenez ? Maintenant que je repense à vos gesticulations d’hier, vous étiez bien remarquable et même risible… mais assez causé…

Prudence revint subitement aux bienséances et s’écria :