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prudence rocaleux

fasse, pas de mauvais sang pour mon arrestation. Je n’avais pas peur, mais j’étais tout de même contente d’être rassurée… Mais je repense à mon argent… il ne faudrait tout de même pas que je passe toujours à côté de mes chances ! Une artiste, ça vaut cher, sur tout que j’ai joué nature…

Mme Dilaret, excédée, prit le sage parti d’avertir Prudence qu’une course urgente la pressait, et que cette conversation serait remise à plus tard.

La domestique retourna dans sa cuisine, tout en s’exclamant sur la rapacité des humains qui savaient dénicher les talents à première vue, pour s’en servir sans bourse déliée.

Le dîner ne se ressentit pas de ces agitations. Il fut à l’heure et réussi comme à l’accoutumée. Il fut assaisonné de coups d’œil malicieux de Jacques et de quelques allusions aux artistes.

Prudence ne se permit aucune riposte. Son attitude répondait pour elle. Le corps droit, le regard flamboyant, le plat à bout de bras, elle passait comme une déesse, et Jacques étouffait son rire dans sa serviette.

Tout de suite, après, le dîner, il alla la retrouver à l’office, tandis que Mme Dilaret mettait son mari au courant des nouvelles, ce qui fit rire le juge.

— Avec cette Prudence, tout se noue et se dénoue avec une facilité aussi extraordinaire qu’imprévue. Je suis content que cela se soit passé ainsi… Cette affaire me paraissait bien embrouillée…

À l’office, Jacques interpellait Prudence avec gaieté :

— À quand le spectacle ? Je me réjouis d’aller vous admirer en nounou… C’est ainsi que vous cachez vos prouesses et que vous