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prudence rocaleux

jouez les Madeleine Guitty ! Savez-vous que vous avez une fortune à votre portée… Dites, Prudence, quand vous serez riche, vous me garderez une place de valet de chambre dans votre maison ?

— Oh ! M’sieu Jacques !

Presque indignée, mais honorée tout de même, Prudence serait devenue presque orgueilleuse. La bouche en cœur, le regard langoureux, elle se croyait vraiment parvenue à la célébrité.

— C’est un coup de chance, insistait Jacques, et je connais une masse de gens qui attendent un petit rôle depuis des années, et vous en avez eu un sans le chercher…

— Oui… il m’a bien repérée, ce directeur, et c’est la preuve que mon génie éclatait sur ma figure, parce que je ne suis pas assez bête pour ne pas savoir qu’on a du génie quand on réussit au premier coup… C’est que je suis belle femme, voyez-vous, M’sieu Jacques. Dans le film, je dois certainement être une reine malheureuse à laquelle on a pris son héritier pour qu’il ne soit pas sur son trône… Ça s’est vu… Des parents jaloux, un oncle, un cousin qui veulent le « cep » et…

— Le sceptre !

— Et on escamote le vrai roi… C’est honteux tout de même !… Moi, si j’avais été c’te reine-là pour de vrai, je ne me serais pas promenée avec une porteuse d’enfant aussi étourdie… Elle ne pensait qu’aux moineaux. Quand on porte un prince dans ses bras, on se fiche des moineaux ! Ah ! le monde est drôle !

— Oh ! oui, ma bonne Prudence… Moi, quand j’aurai un fils, je vous nommerai sa garde d’honneur.

— Ça, M’sieu Jacques, c’est pas encore fait !