Page:Fierens-Gevaert, La renaissance septentrionale - 1905.djvu/118

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


à partir de 1430 ; on va même jusqu’à réduire les gages de l’artiste. Mesure cruelle ; mais l’astre des Van Eyck commençait à briller, et comment en vouloir à Monseigneur de Bourgogne d’avoir préféré les maîtres de l’Adoration au dernier décorateur de Champmol ?

Henri Bellechose mourut avant 1445. Il avait achevé la polychromie de la célèbre nécropole ducale. L’art flamand allait se développer désormais sur le sol natal. De ses voyages de jeunesse, il laissait à Dijon un souvenir mémorable, un édifice merveilleusement ouvragé et enluminé, qui dans son ensemble fut peut-être le plus splendide témoignage du mécénat des princes bourguignons. Sans doute Sluter, Van de Werve, Malouel étaient hollandais. Mais dans l’église, les retables de Broederlam et de Jacques de Baerze ornaient le maître-autel ; toute la hucherie : chaire, portes, stalles du chœur, bancs, escabeaux étaient l’œuvre de Jehan de Liège l’homonyme du sculpteur de Charles V ; les verrières venaient de Malines ; les bronzes étaient ciselés par maître Colart, canonnier de Monseigneur, un wallon qui avait fondu la grosse cloche de la Chartreuse. Que l’on songe enfin aux nombreux flamands et wallons qui travaillèrent dans l’hôtel des imagiers et dans les ateliers de Jean de Beaumetz, de Jean Malouel, d’Henry Bellechose ; et l’on comprendra, sans peine, qu’une race qui donnait de tel gages à la beauté méritait de voir grandir sur son propre sol la plus pure et la plus éclatante des gloires : celle des frères Van Eyck.