Page:Fierens-Gevaert, La renaissance septentrionale - 1905.djvu/15

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tiques de l’action, alors qu’elle montre ses brutalités, ses anomalies, ses vices…

L’exactitude dans la reproduction des formes devint la loi ; le symbolisme abdiqua.

L’art, peu à peu, y perdit son unité morale.

Assurément — et Ruskin l’a dit avec éloquence — le moyen-âge fut individualiste à sa façon ; mais l’individualisme allait devenir le trait essentiel de l’idéal nouveau. L’anonymat artistique cessa ; l’interprétation de la nature étant proclamée libre, — puisque l’on exigeait une fidélité entière de ses interprètes — les artistes s’isolèrent de plus en plus dans des recherches personnelles. Était-ce une décadence ? Était-ce une conquête ? L’unité grandiose de l’art médiéval nous inspire une trop grande affection, et certains maîtres de la Renaissance, soumis de par leur volonté propre à de rigoureuses disciplines, sont trop dignes d’enthousiasme pour que nous cherchions ici à peser la valeur des deux époques.

Ces principes nouveaux, nés au XIVe siècle, mais qui ne se répandirent dans les ateliers européens qu’au début du XVe siècle pour déterminer la physionomie de la première Renaissance, furent longtemps considérés comme une conquête du quattrocento italien. Dans ses leçons professées à l’école du Louvre, Courajod a démontré que l’art nouveau vivait en France dès le milieu du XIVe siècle, — et pour Courajod, qui développe sur ce point les idées de son maître de Laborde, ce changement capital dans les tendances esthétiques est dû à l’initiative des artistes flamands qui vécurent chez les princes français. Constamment le célèbre professeur revient sur cette idée dans le second volume de ses leçons, Les Origines de la Renaissance : le naturalisme moderne est né vers le milieu du XIVe siècle, en France, sous l’influence unique des maîtres flamands. Cette thèse, remarquons-le, contient trois affirmations. La première a obtenu l’adhésion de presque tous les historiens : le sentiment nouveau de la nature est né au XIVe siècle.[1] Il n’en est pas de même des deux dernières. Elles valent un examen sérieux, puisqu’il s’agit des origines de l’art moderne et de

  1. Dans son récent et important travail qui a paru au moment de l’achèvement de ce livre : Das Raetsel der Kunst der Brüder van Eyck, (Jahrbuch der Kunsthistorischen Sammlungen des allerh. Kaiserhauses. T. XXIV, fasc. 5), M. Dvorak présente le XIVe siècle comme la suite logique du XIIIe. Les formes artistiques des deux époques ne finissent pas moins par être essentiellement différentes.