Page:Fierens-Gevaert, La renaissance septentrionale - 1905.djvu/40

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dans l’école ; elles se manifesteront, avec moins de force dans les fameux retables de Jacques de Baerze conservés à Dijon et que nous retrouverons en parlant de la peinture du XIVe siècle, elles ne se reconnaîtront avec leur entière émotion que dans le beau tabernacle de Hal sculpté en 1409 par Henric van Lattem, Meyere et Nicolas de Clerc. Les traditions idéalistes n’étaient pas entièrement mortes. Jacques de Baerze y sacrifie encore, de même que les imagiers du tabernacle de Hal. D'autre part, le naturalisme des sculptures de la fin du XIVe siècle conservées sur notre sol est bourgeois, sans façon ; celui qui se développe en France à ce moment est lyrique. Ce réalisme supérieur est tout de même en grande partie l’œuvre de nos imagiers. Nos plus grands artistes émigraient en France. Restaient en Flandre et en Wallonie les traditionalistes, les bons maîtres académiques que les recettes d’atelier n’empêchaient nullement de créer des chefs d’œuvre et que la réaction n’atteignit dans leur prestige que vers 1375. Et si cette réaction eut des débuts un peu terre à terre, c’est que les faveurs des princes français accaparaient nos hommes de génie, ceux qui les premiers harmonisèrent dans leurs créations les grandes formules gothiques et les espoirs nouveaux.

Notre peinture du XIVe siècle présente à peu près les mêmes formes évolutives. Toutefois les traditions implantées sur notre sol ne sont pas exclusivement françaises ; des rayons nous viennent de plus en plus d’Italie et de Cologne. Les peintres italiens ne perdaient point leur avance. Le XIVe siècle est l’époque glorieuse des Giotto, des Ambrogio Lorenzetti, des Simone di Martino. La France appréciait hautement l’art de ces maîtres. Simone di Martino fut appelé à Avignon. Philippe le Bel reçut trois peintres romains à sa cour et envoya son peintre Etienne d’Auxerre à Rome. L’italianisme ne pouvait manquer de se faire sentir jusqu’en nos contrées. D’autre part une grande cité toute voisine, Cologne, voit fleurir vers 1380 maître Wilhelm dont la chronique de Limbourg dit « qu’il peignait tout homme, quel qu’il fût, comme s’il était vivant ». Colonais et Siennois, d’aspirations très parentes, se reconnaîtraient dans le fameux Calvaire conservé à l’église de Saint-Sauveur à Bruges et qui jadis ornait la salle de réunion de la corporation des Tanneurs. L’œuvre fut exécutée entre les années 1380 et 1400 et représente le Christ en Croix, sainte Catherine et sainte Barbe. Les cheveux d’or et l’élancement des figures féminines, les yeux des anges avec leurs sourcils obliques, beaucoup plus élevés vers le centre du front que du côté des tempes, la figure souffreteuse du Christ,