Page:Fierens-Gevaert, La renaissance septentrionale - 1905.djvu/53

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Dijon, ne doivent pas être confondues comme l’a fait le chanoine Dehaisnes avec la sculpture iconique du maître tombier des cours de France et de Flandre. Courajod n’était pas éloigné d’attribuer au portraitiste de Charles V le célèbre Couronnement de la Vierge de la Ferté-Milon. Il se demandait en outre si le grand imagier wallon n’était pas l’auteur des statues de Charles V et de Jeanne de Bourbon, dites des Célestins, qui furent si vivement admirées à l’exposition des Primitifs français. L’hypothèse n’est point gratuite en ce qui concerne ces deux derniers chefs d’œuvre, maître Jean ayant sculpté les figures du roi et de la reine pour la Vis du Louvre et étant en outre signalé pour des travaux à l’église des Célestins.[1]

Une jolie page de Christine de Pisan parle de ces deux statues sans en révéler malheureusement l’auteur mais en louant fort le roi, bâtisseur et Mécène de haut vol : « En effect que notre roy Charles fut sage artiste, se démontra vray architecteur, deviseur certain et prudent ordeneur, lorsque les belles fondations fist faire en maintes places, notables édifices beaulx et nobles, tant d’églises comme de chasteauls et autres bastiments, à Paris et ailleurs ; si comme assez près de son hostel de Saint-Paul, l’église tant belle et notable des Célestins, si comme on la peut véoir, couverte d’ardoises, et si belle, et la porte de celle église a la sculpture de son ymage et de la royne s’espouse, moult proprement faite. » En citant cet hommage au protecteur de la première Renaissance française, Courajod constate que pour être d’un auteur inconnu, les deux statues n’en sont pas moins célèbres depuis longtemps. La critique conteste unanimement aujourd’hui que Jean de Liège soit cet anonyme ; l’auteur de ces chefs d’œuvre ne saurait être qu’un français et l’on avance un nom, celui de Jean de Saint-Romain, imagier de la Vis du Louvre. Mais si Courajod basait son hypothèse sur des arguments raisonnables, on plaide sans preuve aucune pour Jean de Saint-Romain.[2]

Il est incontestable que l’auteur des deux statues est pénétré de l'esprit français. Mais n’avons-nous pas vu avec quelle remarquable aisance nos maîtres s’assimilaient les méthodes parisiennes et au surplus n’est-ce point ici l’occasion de rappeler aux érudits de France que Liège n’est point une ville flamande, qu’on est assez mal venu de parler à son propos de la lourdeur et de la force vulgaires des Flandres, et que parmi les artistes liégeois qui firent carrière à Paris a brillé l’un des génies les plus spirituels

  1. Courajod. Leçons, p. 103.
  2. Cf. Catalogue des Primitifs français, p. 118.