Page:Fierens-Gevaert, La renaissance septentrionale - 1905.djvu/69

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et quelques heureuses formules méridionales. Les miniatures de Beauneveu[1] en sont également la preuve tout comme le retable de Broederlam. Maître André est l’auteur d’un Psautier conservé à la Bibliothèque nationale de Paris et que mentionna en 1401 l’inventaire de la librairie de Jean de Berry : « Un psautier escrist en latin et en françois, très richement enluminé, où il y a plusieurs ystoires au commencement de la main de maistre André Beaunepveu. » Les histoires traitées en grisailles se composent de vingt-quatre figures disposées deux par deux, à droite un apôtre, à gauche un prophète de l’Ancien Testament. Les têtes, avec des carnations discrètes, respirent une grande réalité ; de fluides draperies montrent (mais pas avec une persistance absolue) les spirales chères aux maniéristes français. Tous les personnages sont assis sur de « larges stalles à décorations architectoniques,… les unes roses comme dans les tableaux italiens ; les autres vertes, violettes. »[2] On peut reconnaître ces caractères dans les deux personnages que nous reproduisons : un apôtre et le prophète David, et l’on constatera que le style de maître Beauneveu — pour le système des draperies et l’invention décorative — se rapproche fort de celui qu’adopte Jean de Bruges pour les grandes figures de l’Apocalypse d’Angers. Mais Beauneveu ajoute aux physionomies un sentiment de vie plus individuelle. Son David respire une sérénité suave et l’on pourrait presque dire musicale. Dans le même Psautier, un admirable saint Philippe tient « un livre ouvert sur l’une des pages duquel sa main met une croix, avec les mots : Inde venturus est judicare vivos et mortuos ».[3] Le siège est italien ; la draperie garde des enroulements conventionnels dans le bas, sans tomber cette fois dans le système des volutes multiplées. La tête surtout est remarquable, d’un pathétique tout moderne dans sa souffrance résignée. Le Christ du Parement de Narbonne offre le prototype de cette physionomie que nous avons signalée aussi dans le Calvaire de Bruges ; et nous verrons reparaître ce même visage plein d’angoisses réelles, mais que la douleur même idéalise, chez les maîtres de la peinture bourguignonne : Jean Malouel et Henri Bellechose.

André Beauneveu passe pour être l’auteur de deux admirables grisailles qui ouvrent un Livre d’heures conservé à la Bibliothèque royale de Bru-

  1. Cf. sur les miniatures de Beauneveau : Dehaisnes op. cit.; Courajod, Leçons. T. II. p. 121 et 152; Catalogue des Primitifs Français ; de Lasteyrie, Les miniatures d’André Beauneveu et de Jacquemart de Hesdin (Mon. Piot, t. III, p. 71).
  2. Courajod : Leçons. T. II, p. 152.
  3. Dehaisnes : Op. cit., p. 255.