Page:Figuier - Les Merveilles de la science, 1867 - 1891, Tome 3.djvu/216

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guerre. Ces mélanges combustibles, contenant des corps gras et poisseux, avaient la propriété d’adhérer aux objets contre lesquels on les projetait, et constituaient ainsi un moyen dangereux d’attaque. Si l’on considère, d’ailleurs, que la sécheresse et la chaleur du climat de l’Asie rendaient ces agents de guerre plus efficaces et plus désastreux, on comprendra que les compositions de ce genre soient bientôt devenues d’un usage général chez les Chinois, les Indiens et les Mongols.

Cependant on a beaucoup exagéré le degré de perfection auquel les feux de guerre seraient parvenus chez les Chinois. Le père Amyot, dont les nombreux écrits contribuèrent tant, au xviiie siècle, à révéler à l’Europe, les arts, l’industrie et l’histoire de la Chine [1], le savant Abel Rémusat [2], ont voulu établir que tous les emplois actuels de la poudre avaient été connus dans le Céleste Empire ; et que dès le xie siècle après J.-C, on y faisait usage de canons. MM. Reinaud et Favé ont parfaitement prouvé, contrairement à l’opinion du P. Amyot, que toutes les connaissances pyrotechniques des Chinois se réduisaient au pétard et à la fusée, dont ils tiraient parti dans les feux d’artifice, et que leurs moyens de guerre se bornaient aux mélanges combustibles. Le P. Amyot nous a laissé une longue description des diverses machines qui servaient, chez les Chinois, à jeter les compositions incendiaires. Les flèches de feu, les nids d’abeilles, le tonnerre de la terre, le feu dévorant, la ruche d’abeilles, le tuyau de feu, etc., étaient autant d’instruments ou d’engins destinés à lancer des flammes contre l’ennemi. Seulement la date précise du premier emploi de ces machines, n’est pas connue.

La fusée, ou une flèche à feu produisant l’effet d’une fusée, paraît avoir été en usage chez les Chinois dès l’année 969 après Jésus-Christ.

« L’an 969 après Jésus-Christ, dit le P. Amyot, seconde année du règne de Tai-Tsou, fondateur de la dynastie des Sing, on présenta à ce prince une composition qui allumait les flèches et les portait loin [3]. »

Selon M. Favé, cet engin devait produire l’effet de nos fusées de guerre. Les Chinois auraient donc les premiers employé la fusée. Mais n’oublions pas que la substance incendiaire enfermée dans les tubes de carton dont faisaient usage les Chinois et qui constituaient leur fusée, ne contenait pas de salpêtre, et n’était pas, par conséquent, susceptible de produire des effets explosibles. Quant à la date précise de l’invention de cet engin de guerre, on doit le fixer d’après le passage du P. Amyot que nous venons de citer, au xe siècle après J.-C.

Chez les Indiens, les feux d’artifice étaient connus depuis un temps immémorial ; ils faisaient partie des réjouissances publiques. On a trouvé, dans des contrées très-reculées des Indes, où les Européens n’avaient jamais pénétré, des espèces de fusées volantes que les naturels employaient à la guerre. L’usage, chez les Indiens, de mélanges de ce genre, remonte aux temps les plus reculés. Un commentaire des Védas (livres sacrés des Hindous ) attribue l’invention des armes à feu à un artiste nommé Visvacarma, le Vulcain des Indiens, qui fabriqua, selon les livres sacrés, les traits employés dans la guerre des bons et des mauvais génies. Enfin, le code des Gentoux défend l’usage des armes à feu ; or, les lois rassemblées dans cette compilation, datent de la plus haute antiquité, et se perdent même dans la nuit des temps.

Ainsi, ces mélanges combustibles, qui plus tard, en se modifiant, devaient donner naissance à notre poudre à canon, sont originaires de l’Asie, bien qu’il soit impossible de citer

  1. Mémoires concernant les arts et les sciences des Chinois, t. VIII, p. 331.
  2. Relations diplomatiques des princes chrétiens avec les rois de Perse (Mémoires de l’Académie des inscriptions, t. VII, p. 416).
  3. Recueil de mémoires sur les Chinois, t. II, p. 492.