Page:Figuier - Les Merveilles de la science, 1867 - 1891, Tome 3.djvu/23

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influencée chimiquement par l’agent lumineux, une demi-journée d’exposition dans la chambre obscure.

Niépce n’eut jamais la notion des épreuves négatives et positives, qui sont la base de la photographie. Il ne songea pas à faire usage des épreuves négatives, c’est-à-dire dans lesquelles les blancs de la nature sont représentés par des noirs, pour obtenir des épreuves directes présentant les tons réels de la nature. Ce fut la découverte particulière de Talbot ; expérimentateur anglais.

Niépce s’était proposé de transformer ses plaques d’étain, ou d’argent plaqué, en planches propres à la gravure en taille-douce. Mais la pratique démontra bien vite que ce résultat n’était pas possible. Le graveur Lemaître, à qui il avait confié le soin de terminer ses planches, s’assura qu’elles ne pouvaient tirer plus d’une vingtaine d’épreuves. Il n’avait donc pas été plus heureux sous le rapport de la gravure, que sous le rapport de la photographie simple.

Malgré ses longs efforts, Niépce ne fit donc qu’entrevoir la photographie. Les résultats qu’il obtint n’étaient que les préludes de la grande découverte que nous essayons de raconter. C’était l’embryon de l’art, et non l’art lui-même. Nous allons arriver aux véritables inventeurs : à Daguerre et à Talbot.


CHAPITRE III

un inventeur inconnu. — travaux de daguerre. — association de niépce et de daguerre. — traité conclu entre niépce et daguerre.

Tandis qu’au fond de sa province et dans sa tranquille maison de campagne des bords de la Saône, Nicéphore Niépce cherchait péniblement, et sans y parvenir, à tirer la photographie de ses langes, un autre expérimentateur poursuivait, de son côté, la même voie, et était parvenu, à la même époque, à un résultat important. Le nom même de cet inventeur est resté inconnu, par les circonstances que nous allons raconter.

Tout le monde a entendu parler de l’opticien Charles Chevalier. Sa boutique était située sur le quai de l’Horloge. Un jour, — c’était vers la fin de l’année 1825 — comme Charles Chevalier était seul, il voit entrer un jeune homme, pauvrement vêtu, à l’air souffrant et timide, et dont l’extérieur dénotait la misère. Le jeune homme désirait connaître le prix d’une des nouvelles chambres obscures que Charles Chevalier venait de construire, en remplaçant l’objectif ordinaire, par un objectif à ménisque convergent.

Le prix qui lui fut demandé fit pâlir le visiteur ; car si son désir était grand de se procurer le précieux appareil optique, ses goussets étaient absolument vides.

En sa qualité de marchand, Charles Chevalier ne pensa pas une minute à offrir à crédit la chambre obscure à un pauvre diable dont la mine et l’extérieur plaidaient peu en faveur de sa solvabilité. Cependant il pouvait donner ce qui ne lui coûtait rien, c’est-à-dire un conseil. Il demanda donc au jeune homme ce qu’il voulait faire d’une chambre noire.

« Je suis parvenu, lui répondit l’inconnu, à fixer sur le papier l’image de la chambre obscure. Mais je n’ai qu’un appareil grossier, une espèce de caisse de bois de sapin, garnie d’un objectif, que je place à ma fenêtre, et qui me sert à obtenir des vues de l’extérieur. Je voudrais me procurer votre nouvelle chambre noire à prisme, afin de continuer mes essais avec un appareil optique plus puissant et plus sûr. »

Charles Chevalier resta frappé d’étonnement. Il savait que le problème consistant à fixer les images de la chambre obscure, était poursuivi, en ce moment, par bien des expérimentateurs, entre autres par M. Talbot, en Angleterre, et par Daguerre, à Paris. Mais lui, Chevalier, regardait ces tentatives comme des entreprises chimériques, bonnes tout au plus