Page:Figuier - Les Merveilles de la science, 1867 - 1891, Tome 3.djvu/344

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plaçaient au-dessus de leur tête, pour se défendre des projectiles de la place. Ordinairement, chaque soldat avait son bouclier ; d’autres mantelets (pavois) plus grands, étaient portés par deux ou trois hommes, ou un plus grand nombre. Les soldats, armés de pics, pouvaient, grâce à cet abri, s’approcher jusqu’à la muraille et travailler à son pied.

Quand la place résistait à tous ces moyens d’attaque, on procédait à la grande entreprise du chemin souterrain. On commençait à creuser, hors de la vue de la place, pour que les terres enlevées ne donnassent pas l’éveil ; ensuite on cheminait lentement, soutenant, à mesure, le terrain avec des madriers. Quand ce chemin de taupe était arrivé jusque dans la ville, les soldats, sortant de la mine subitement et en grand nombre, incendiaient et tuaient tout sur leur passage.

Cependant la mine ne pénétrait pas toujours jusqu’au cœur de la place : elle s’arrêtait quelquefois sous le rempart. Arrivé là, on creusait une grande excavation, que l’on soutenait avec des madriers. On réunissait dans cette excavation des matières combustibles et on y mettait le feu : les madriers brûlaient et souvent faisaient écrouler la muraille.

Quand le bruit souterrain, ou tout autre indice, révélait à l’assiégé l’existence d’une mine, il entreprenait le même ouvrage de son côté ; il creusait à son tour, et allait à la rencontre de l’ennemi. S’il arrivait à le surprendre, il tuait les travailleurs, brûlait les madriers et comblait les travaux. Mais ce système de contre-mine était incertain et dangereux, car on pouvait ne pas rencontrer la mine de l’assiégeant ; ou bien, quand on la rencontrait, avoir le dessous dans le combat, ce qui laissait le passage libre à l’assiégeant pour déboucher dans la place.

Les villes avaient parfois une double enceinte, l’extérieure, plus basse, était moins importante que l’intérieure. L’espace compris entre les deux enceintes se nommait les lysses ; il correspondait à notre chemin de ronde actuel. Plus fréquemment le mur extérieur était remplacé par une simple palissade, nommée baille, laquelle pouvait n’exister que devant les portes.

Souvent aussi un petit mur, appelée fausse-braie, courait au milieu du fossé, tout autour de la place, et en augmentait la défense. On appelait alors casemates de petites maisons bâties dans le fossé même, et ne le dépassant pas en hauteur ; ce mot, comme on le voit, n’avait pas la signification qu’on lui donne aujourd’hui.

Quelques villes, outre leur double ou triple enceinte, possédaient encore un donjon, (P, fig. 206) qui servait de dernier refuge aux assiégés. C’était, en général, une haute tour, située au centre de la ville ou du château fort, comme celle que représente le dessin

Outre le donjon, il y avait le long des murs des tours plus petites A, R, Q, B, C, D, garnies de mâchicoulis, c’est-à-dire d’espaces propres à recevoir, sur le sommet de la tour, des soldats et des engins de guerre.

Il était important que les murailles des villes fussent le plus hautes possible. Elles commandaient mieux la campagne, et obligeaient l’ennemi à augmenter l’élévation de ses retranchements. En outre, l’escalade devenait plus difficile, et les pierres ou les autres projectiles que les assiégés laissaient tomber du haut des mâchicoulis, sur les pavois des soldats qui sapaient la muraille, acquéraient plus de force, à cause de la hauteur de la chute.

Rarement les courtines (c’est-à-dire les portions de muraille comprises entre deux ouvrages saillants) portaient des mâchicoulis ; l’assiégeant, en effet, ne pouvait s’attaquer aux courtines qu’après avoir détruit les tours ou les autres saillies, aux projectiles desquelles il fût resté exposé. Les tours, au contraire, étaient presque toutes munies de mâchicoulis, et l’épaisseur de leurs murs était plus considérable que celle du rempart, puisque c’étaient