Page:Figuier - Les Merveilles de la science, 1867 - 1891, Tome 3.djvu/415

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


l’invention, et que chacun d’eux a certainement trouvée, sans rien emprunter de l’autre, et il publia quelques pièces sur cette matière. Ce sont, à notre connaissance, les dernières compositions de mathématiques pures qu’il ait mises au jour.

« En 1739, Robins, après avoir publié quelques remarques sur la première partie de la Mécanique d’Euler, sur l’Optique de Smith, etc., se trouva engagé dans des discussions politiques ; il remplit même les fonctions de secrétaire d’un comité de la chambre des communes, chargé d’examiner la conduite du chevalier Walpole, promu à la dignité de pair sous le nom de comte d’Orford. Il composa, depuis 1739 jusqu’en 1743, plusieurs pamphlets relatifs tant à cet examen qu’à d’autres questions politiques. Les chefs du parti pour lequel il agissait et écrivait entrèrent en arrangements avec le parti opposé, obtinrent des honneurs et des places : Robins seul fut oublié, et prit la résolution fort sage de revenir à ses occupations scientifiques. Les écrits tant mathématiques que politiques dont nous venons de donner l’indication ont eu un très-grand succès aux époques de leur publication ; mais ce n’est point à ces écrits, à peine connus sur le continent, qu’il doit la haute réputation dont il jouit, c’est à ses expériences, à ses recherches sur l’artillerie.

«… Nous voilà arrivés à la partie des travaux de Robins auxquels il doit principalement sa célébrité. Son ouvrage intitulé : New Principles of gunnery (Nouveaux principes d’artillerie), parut à Londres en 1742. Il eut bientôt à répondre à des objections élevées contre sa doctrine et insérées dans le n° 465 des Transactions philosophiques ; ses réfutations font partie du n° 469 de la même collection ; et il fit, en 1746 et 1747, de nouvelles expériences confirmatives des premières, devant les membres de la Société royale de Londres. Cette Société lui adjugea une médaille d’or. Mais ce qui dut surtout déterminer l’opinion publique en faveur de Robins fut l’honorable témoignage d’estime que son ouvrage reçut du grand Euler, qui le traduisit en allemand avec un commentaire (Berlin, 1745). Vers le même temps cet ouvrage était connu et apprécié en France ; il en est fait mention dans les Mémoires de l’Académie royale des sciences de 1750. On voit dans le volume de 1751, que M. Le Roy, membre de cette Académie, en avait fait une traduction française. Une autre traduction faite par Dupuy sur le texte anglais, a été imprimée à Grenoble en 1771 ; enfin M. J. L. Lombard, professeur aux écoles d’artillerie d’Auxonne, en a publié en 1783, d’après le texte allemand d’Euler, une traduction française à laquelle se trouvaient joints le commentaire de ce grand géomètre et des notes du traducteur. M. Lombard, dans sa préface, parle du grand parti qu’il a tiré d’une traduction manuscrite qui lui avait été donnée, avec la permission d’en faire l’usage qu’il voudrait, « par un amateur aussi distingué par sa naissance que par son goût pour les mathématiques, et la part qu’il a eue à l’éducation d’un grand prince. »

« On trouve à la suite de cet ouvrage les premiers détails publiés en France sur les expériences d’artillerie exécutées à Woolwich par Hatton, qui s’était servi de l’appareil imaginé par Robins pour mesurer les vitesses initiales, en le disposant de manière à pouvoir substituer de petits boulets aux balles avec lesquelles Robins avait fait ses épreuves. Cet appareil, invention fondamentale de Robins, n’est qu’une simple application de la théorie du pendule composé. Une masse de bois dans laquelle la balle ou le boulet peut pénétrer de manière à se mouvoir avec elle, comme si l’agrégation des deux ne formait qu’une masse unique, est fixée au bas du pendule, lequel a d’ailleurs un poids assez considérable pour prévenir des oscillations qui excéderaient certaines limites. La balle ou le boulet est lancé contre cette masse de bois sur un point dont la position est fixée d’avance (le poids et les lieux des centres de gravité et d’oscillation de tout le système étant aussi connus) ; et l’on déduit par le calcul de l’amplitude d’oscillation de ce système, due au choc, la vitesse avec laquelle le projectile a exercé ce choc. On peut, vu l’égalité d’action et de réaction, déduire les mêmes résultats du recul de la pièce, en la suspendant elle-même, et la faisant, par la réaction de la poudre, osciller à la manière du pendule. Ce second moyen a été employé. Enfin, on a fait des expériences par les deux moyens réunis ; mais quelles que soient les diverses manières connues d’employer le pendule aux expériences d’artillerie, la gloire de l’idée mère appartient incontestablement à Robins.

« La haute réputation qu’il s’était acquise en matière de fortifications et d’artillerie lui valut de la part du prince d’Orange une invitation très-flatteuse d’aller à Berg-op-Zoom coopérer à la défense de cette place assiégée par les Français. Il se rendit à la prière du prince ; mais, peu de jours après son arrivée, le 16 septembre 1747, la place fut emportée par les assiégeants……

« Robins put encore, avec l’appui et par le crédit de l’amiral, enrichir l’observatoire de Greenwich d’instruments beaucoup plus grands et plus parfaits que ceux qui y existaient auparavant. Bradley fit de ces instruments un emploi bien utile aux progrès de l’astronomie. En 1749, Robins, ayant été nommé ingénieur général de la Compagnie des Indes orientales, partit le 25 décembre pour l’Inde, où il arriva le 13 juillet 1750, ayant failli faire naufrage dans la traversée. Il s’était muni d’un assortiment complet d’instruments d’astronomie et de physique, pour faire des observations et des expériences ; et il se livra, dès son arrivée, avec la plus grande ardeur, aux travaux que ses fonctions comportaient. Il donna des projets pour les forts de Saint-David et de Madras ; mais il n’eut pas la satisfaction de les exécuter lui-même ; la mort le sur-