Page:Figuier - Les Merveilles de la science, 1867 - 1891, Tome 3.djvu/67

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cette glace sert ensuite à obtenir sur le papier, l’image positive.

Les moyens pratiques sont les suivants. Sur la glace qui doit recevoir l’image négative, on étend une légère couche d’albumine liquide, ou de blanc d’œuf, dans laquelle on a dissous un peu d’iodure de potassium. Une fois sèche, cette couche d’albumine forme une surface homogène et d’un poli parfait, éminemment propre à donner aux lignes du dessin un contour arrêté. Ainsi recouverte d’albumine, la lame de verre est imbibée d’iodure d’argent ; pour cela on immerge la plaque dans une cuvette contenant une dissolution de ce sel. Ensuite on l’expose au foyer de la chambre obscure, et l’on exécute sur sa surface, les opérations ordinaires que l’on fait sur le papier quand on veut obtenir une image négative. Celle-ci, une fois obtenue, constitue un cliché, ou épreuve négative sur verre, qui sert à produire l’image directe. Cette dernière image se forme sur une feuille de papier en se servant des moyens habituels. Le verre ne sert donc qu’à préparer l’image négative ; c’est là un point qu’il importe de bien faire remarquer, pour éviter une confusion que commettent beaucoup de personnes.

Les épreuves obtenues par l’intermédiaire de la glace albuminée, se reconnaissent à la rigueur extraordinaire, à la correction du dessin, à ses contours admirablement arrêtés : elles peuvent presque rivaliser, sous ce rapport, avec les produits de la plaque daguerrienne.

Ce perfectionnement fondamental dans la manière d’obtenir les négatifs, a été l’œuvre de M. Niépce de Saint-Victor, cousin de Nicéphore Niépce, et non son neveu, comme nous l’apprend M. Victor Fouque, qui a établi avec grand soin toute la généalogie des Niépce [1].

M. Niépce de Saint-Victor, que son nom prédestinait aux études et aux recherches sur la photographie, ne se voua pas, dès le début, à cette carrière. Il entra à l’école de cavalerie de Saumur, d’où il sortit en 1827, avec le grade de maréchal des logis instructeur. En 1842, il fut admis, en qualité de lieutenant, au premier régiment de dragons.

À cette époque, le goût lui vint des manipulations scientifiques, et il commença de s’adonner aux expériences de physique et de chimie.

En 1842, le ministre de la guerre manifesta l’intention de changer en couleur aurore, la couleur distinctive rose des premiers régiments de dragons : on désirait n’être pas obligé de défaire les uniformes confectionnés. La question des moyens à employer pour remplir cet objet délicat, ne laissait pas que d’embarrasser l’administration, lorsqu’on apprit qu’un lieutenant de dragons de la garnison de Montauban s’offrait à remplir cette condition difficile. Le lieutenant fut mandé à Paris ; on soumit à une commission le moyen qu’il proposait, et qui consistait à passer avec une brosse un certain liquide qui opérait la réforme désirée, sans qu’il fût même nécessaire de découdre les fracs. L’exécution de ce procédé expéditif épargna au trésor un déboursé de plus de 100 000 fr. Après avoir reçu, avec les compliments de ses chefs, une gratification de 500 francs du maréchal Soult, le lieutenant reprit le chemin de Montauban.

Ce lieutenant était M. Abel Niépce de Saint-Victor, cousin de Nicéphore Niépce, le Christophe Colomb de la photographie.

Pendant son séjour à Paris, M. Abel Niépce

  1. « …De cette union, dit M. Fouque, est né à Saint-Cyr, le 26 juillet 1805, M. Abel Niépce de Saint-Victor.

    « Son père, afin de pouvoir être distingué de ses frères, avait ajouté à son nom, celui de sa femme ; et naturellement, M. Abel signe : Niépce de Saint-Victor.

    « De cet exposé, il résulte que M. Abel Niépce de Saint-Victor est cousin issu de germain de Nicéphore Niépce, et non son neveu, ainsi qu’il en prend volontiers la qualification. Il est vrai qu’en Bourgogne, ainsi que dans d’autres provinces de la France, on donne habituellement, comme une marque de déférence et de respect, le titre d’oncle aux grands cousins : c’est ce que fait M. Niépce de Saint-Victor à l’égard de son illustre parent. » (La vérité sur l’invention de la photographie, p. 202.)