Page:Filiatreault - Contes, anecdotes et récits canadiens dans le langage du terroir, 1910.djvu/47

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— Vous êtes bien Baptiste Courtemanche ?

— Oui.

— Savez-vous lire ?

— Non.

Les oui et les non se succédèrent ainsi pendant plusieurs minutes. Enfin, Olaüs, avec le plus grand sang-froid possible, lui dit :

— Racontez à la cour ce que vous connaissez de la nouvelle route.

— J’avais attelé un ch’val violent su’ mon « berlot » neu’, et j’m’en allais à Rawdon, tout seul dans ma voiture. Faut vous dire que quand l’eau est haute, ça forme des inondations flambantes et des incendies d’eau impossibles à contrôler ; quand il neige par là-d’ssus, ça fait des cahots, l’guabe m’en put, de trois pieds d’bas ; rendu en haut de la côte, et avant d’descendre, j’arrête mon ch’val et je r’garde la route. Presqu’en bas, y avait un cahot effrayant. C’t’égal, j’lâche ma bête en m’disant : j’passerai ben. Mon ch’val arrive à c’cahot, se jette dedans, et en essayant de remonter, y casse mon travail et y file comm’ s’il avait eu l’feu au darrière. Moé, j’tombe, et j’me défonce quasiment. J’ai sacré ane escousse, parc’que j’su’ pas patient et j’me sus’ rendu à pied jusqu’à la première maison.

— Attendez un peu, et répondez à une autre question très importante. N’est-ce pas là que Ponce-Pilate a perdu son batte-feu ?

— Oui, ça doit êt’ là ! ça doit êt’ là ! ça doit êt’ là !


En flattant la vanité des gens, on peut leur faire commettre les sottises les plus grandes possibles.