Page:Filiatreault - Contes, anecdotes et récits canadiens dans le langage du terroir, 1910.djvu/46

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Ils protestèrent fortement, mais rien n’y fit. De là une poursuite et un procès.

La cause fut entendue à Joliette. Mon ami Olaüs Thérien, alors député de Montcalm aux Communes, avait été chargé de la défense.

Au cours du procès on appela un témoin passablement récalcitrant, rageur, bref dans ses paroles, et parlant plutôt avec ses bras qu’avec sa langue. C’était un petit homme roux, pas plus haut que ça, qui avait une tignasse épaisse, deux sourcils formidables, ou pour mieux dire, un seul sourcil courant sans un arrêt d’une tempe à une autre, et coupant en deux le visage d’un trait roussâtre et broussailleux, large d’un doigt. Là-dessous flambaient deux yeux sombres et méchants, si bien enfouis en la cavité de leurs orbites qu’on les y pût croire enfoncés à coups de poing.

Une très forte moustache hérissée, des dents de loup, et au menton, des poils follets d’une couleur indécise, ressemblant furieusement à du poil de queue de vache jaune sale.

Athlète trapu et ramassé, suant le poil jusque par les oreilles, il tenait un peu du gorille, dont il avait le bras long et velu, et la mâchoire à broyer des cailloux, et aussi du macaque toujours prêt à massacrer et à manger ensuite quiconque s’en approche à bonne portée. Il rappelait ces deux types par l’exiguïté du crâne, la sournoiserie du coup-d’œil, la cuisse courte tendant l’étoffe de la culotte.

Lorsque le tour de l’avocat de la défense arriva, il examina son témoin avec méfiance. Celui-ci lui rendit sa politesse de la même manière.