Page:Filiatreault - Contes, anecdotes et récits canadiens dans le langage du terroir, 1910.djvu/52

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qui l’agaçait beaucoup. Il cherchait un moyen de lui remettre ce procédé inqualifiable.

En dehors de cette légère circonstance, Pierre faisait toujours preuve d’une politesse exagérée envers son vieux camarade, qui lui rendait la pareille. Ils avaient grandi côte à côte, continuant à s’estimer réciproquement. Cependant Joe était toujours à la recherche d’un moyen de scier Pierre sans qu’il pût s’en formaliser.

Un bon jour il crut avoir trouvé le joint et il résolut de mettre de suite son projet à exécution. La première fois qu’il rencontra son ami, il l’arrêta et lui dit ceci :

— Mon ami Pierre, tu voudras bien m’permettre une remarque que j’fais sans mauvaise intention. C’n’est pas pour te blesser que t’vais f’dire ça, mais y a longtemps qu’ça m’chicote, et j’voulais te l’dire plus vite, mais ça m’coûtait trop, de peur de t’faire d’la peine. Mais tu sais, j’sus ben patient, et je n’voulais pas briser nos relations amicales. Ton pain pèse pas l’poids.

— Vrai ? Ben, ça m’étonne pas, parc’que tu sais ben que j’ai pas de balance.

— Comment fais-tu ton compte pour pas t’tromper su’l’poids d’ta marchandise ?

— C’est ben simple. J’ai planté un piquet et j’ai mis une barre en travers, comm’ça ; j’ai pris ensuite des ficelles que j’ai attachées à deux espèces de soucoupes, comm’ça. Mon pain est supposé peser trois livres, ton paquet d’beurre, aussi. Quand je r’çois ton beurre, je l’mets dans une des soucoupes, et j’mets l’pain dans l’autre. Ça balance toujours. Tu vois qu’c’est ben simple.