Page:Filion - À deux, 1937.djvu/101

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tes venaient voleter tout près de nos oreilles. Aussitôt la ville passée, de la portière ouverte montait une odeur de terre et de verdure qui grisait, et je n’avais pas besoin de cette griserie à laquelle j’étais habituée, pour être heureuse à en perdre la tête.

Mon amour n’allait pas sans jalousie, j’épiais les allées et venues de mon futur, tant était grande ma crainte jusqu’à la dernière minute, qu’il ne retournât vers l’autre. Sa conduite ne donnait aucun indice en pâture à ma défiance. Les travaux des champs battaient leurs pleins, il travaillait tout le jour et parfois une partie des soirées, quand il sortait, c’était pour venir chez mes parents. Certaines veillées où le travail avait été bien pressant, nous profitions des heures d’obscurité pour accomplir notre ménage de la maison ; alors, il s’asseyait avec les hommes sur le perron et parlait des travaux, des récoltes. Assez tôt, il regagnait son logis, car il nous fallait être levés avec l’aube.

De nouveau, il y eut une pose. La période des amours était terminée. Elle allait entrer dans une nouvelle phase de sa vie, elle se recueillait :

Nous fûmes mariés dans la petite église du village, à l’époque des poires, c’est-à-dire, à l’automne comme l’avaient décidé nos parents. Le moment était bien choisi, la plus grande partie des travaux des champs était terminée, nous aurions tout l’hiver pour nous aimer, pour jouir l’un de l’autre dans l’intimité, avant de nous atteler de nouveau à la dure besogne, l’été suivant.