Page:Filion - À deux, 1937.djvu/107

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
— 105 —

— Non, dit-il d’une voix changée.

— Je m’étais retournée pour éviter son regard et lui cacher mon trouble, je me préparais à lui servir son café. J’étais un peu penchée en avant au-dessus du poêle à deux ponts, quand il dit : « Marie » d’un ton si particulier que je me retournai tout d’une pièce. À cette minute, j’eus l’intuition qu’il allait me dire quelque chose de grave, il ne paraissait pas en colère, je le regardai en face. Il baissa les yeux pour continuer : »

— Marie, c’en est fini de rester ensemble.

— Je n’ai jamais pu me rappeler quel cri sauvage je dus faire entendre, je me sentis mal, et je devins si pâle qu’il eut peur de m’avoir tuée du coup. Il se leva, vint à moi. Il me soutint, sans son aide, je serais certainement tombée. Que ne me suis-je tuée là sur le coup ! par accident, le bon Dieu n’aurait pu m’en tenir compte, et que de souffrances je me serais évitées et à toi aussi. Comme j’allais m’évanouir, de ses bras robustes il m’enleva, sans se préoccuper de la courte-pointe dont j’étais si soigneuse, il me posa sur le lit. Comme je me refusais à ouvrir les yeux, il alla jusqu’à la cuisine quérir de l’eau, m’en fit avaler quelques gouttes et se mit à me frictionner les tempes avec du vinaigre. Quand il me jugea assez consciente, sa voix se fit plus douce pour m’énoncer les détails de ce qu’il considérait son droit, il était certain que je n’aurais rien à y redire.

— On a découvert entre nous un lien de parenté qui nous fait libres. L’existence que je t’ai faite de-