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puis quelques mois n’est pas de celles qui doivent te faire regretter notre vie commune. Quand j’aurais la prétention de formuler à nouveau une demande en mariage, je ne doute pas que ta réponse ne saurait être affirmative. Je te laisse libre, et je reprends ma liberté. Je rends hommage à tes qualités de ménagère, mais nous ne sommes pas faits pour vivre ensemble.

— Si j’élevai la voix à cette minute, si j’eus le courage de formuler une objection ce fut pour toi, rien que pour toi :

— Et l’enfant, qu’en fais-tu ? hasardai-je.

— Je m’en chargerai. Sa voix était redevenue brève.

— Il avait réponse à tout. Rien ne pouvait l’arrêter dans l’œuvre de la destruction de notre foyer. Il ne me restait rien à répliquer, aucune autre objection à soulever. Son plan était tracé, il le réaliserait jusqu’au bout. Je n’avais pas faim, et je ne me sentais pas assez forte non plus pour vaquer aux travaux du ménage. Je sentais monter en moi une haine implacable à l’égard de cet homme que j’avais tant aimé. Bien des détails de notre vie de ménage depuis ces derniers mois me revenaient à la mémoire, et je les jugeais plus sévèrement à la lumière fulgurante de la scène encore toute proche. Si j’avais pu prévoir un pareil dénouement, il m’eût peut-être été possible de l’empêcher de s’abattre sur moi. Mais non, j’avais été volontairement aveugle, les colères de mon mari éclataient à propos de tout et à propos de rien. Elles n’étaient